Le premier point d'atypicité pour le genre est que ce western se passe entièrement dans la neige. (Le seul autre que je connaisse est l'excellent La Chevauchée des Bannis - Day of The Outlaw, 1959, de Andre de Toth (mais plus nombreux sont ceux qui se passent en partie dans la neige).
Le deuxieme est que le méchant est une femme, jouée par Juliette Lewis. Avec seulement son jeu, ses mimiques, et ce que son visage laisse deviner de sombres mouvements psychopathiques à l'intérieur d'elle, "Cut Throat" Bill dame le pion à beaucoup de méchants masculins de très bonne composition vus dans d'autres westerns.
Elle a enlevé une jeune fille, qu'elle impose à sa bande d'outlaws mais ils n'ont pas le droit de l'approcher. Ses poursuivants sont, outre un jeune qui veut libérer sa soeur, un nain - un blanc en chapeau rond et redingote - et son ami noir. Ils forment un duo de chasseur de primes.
C'est le troisième point d'atypicité, si on considère qu'on a déjà vu des duos de ce genre mais alors les deux comparses sont tous les deux blancs ou tous les deux noirs (Buck et son complice).
Et c'est sans compter l'innovation d'avoir ici un nain tireur d'élite, superbement joué par Peter Dinkladge.
Encore un autre point d'atypicité, mais accessoire celui-là : le duo apparaît d'abord en carriole à moteur, comme d'ailleurs Bill "à la gorge coupée" et "coupeuse de gorge" fait une premiere apparition en motard masqué fonçant dans la neige verglacée.
Quelques westerns nous ont déjà confrontés à la transition entre le Far west des pionniers et la modernité mais ici c'est très fugace : on l'oublie vite car les chevaux reprennent sans tarder leur place dans la poursuite impitoyable entre chasseurs et chassés.
Les bons de l'histoire agrègent à leur groupe une prostituée en fuite et un malfrat transfuge de la bande de Bill la diablesse.
Dans cet ensemble disparate, les interactions entre tous (intérêt, rivalité, solidarité, remords, affection, colère) sont subtiles, les péripéties attendues ont par moment des rebondissements surprenants, et les relations entre les deux chasseurs de prime sont attachantes : leur amitié est profonde et réciproque. Elle s'exprime de manière flegmatique, y compris dans l'épreuve tragique.
A part les singularités mentionnées, c'est plutôt un western tout à fait classique, et dans cette décennie là, on avait perdu espoir d'en voir un de bonne facture de temps à autre, alors bienvenue !
Remarque : le titre anglais est The Thicket dont la traduction est "le fourré" ou "le bosquet" et je n'arrive pas à en voir le rapport ni avec l'intrigue, ni avec les personnages, ni avec les paysages...
Remarque supplémentaire : Pour les westerns qui se passent en partie et non en totalité dans la neige, ce sont par exemple La Piste des géants - The Big Trail, 1930, Les Implacables - The Tall Men, 1955, tous les deux de Raoul Walsh ; John McCabe, 1971, de Robert Altman, ou Jeremiah Johnson, 1972, de Sidney Pollack... Dans les italiens, il y a Le Grand Silence, 1968, de Sergio Corbucci. (Pour nous remémorer d'autres opus, quelqu'un pourrait proposer une liste...)