Le Meg contre l’homme, ce n’est pas un combat. C’est un massacre !


Beaucoup de dents, très peu d’idées


En eaux troubles est un film sino-américain réalisé par Jon Turteltaub, adaptation du roman Meg: A Novel of Deep Terror de Steve Alten publié en 1997. J’ai un rapport assez particulier avec ce film. Lors de mon premier visionnage au cinéma, j’ai passé un très mauvais moment. Tout simplement parce que j’en attendais autre chose. Avec un mégalodon de plus de vingt mètres en tête d’affiche, j’espérais un film qui s’inscrirait davantage dans l’esprit de Les Dents de la mer de Steven Spielberg ou de Peur Bleue de Renny Harlin. Quelque chose sous haute tension, d’un minimum brutal, avec un vrai sentiment de danger. Au lieu de cela, le film s’oriente clairement vers une approche beaucoup plus légère. Un choix de mise en scène simple, celui d’un blockbuster d’été comprenant de l’humour constant, une aventure grand public et surtout une violence réduite au strict minimum. En clair, le but d’En eaux troubles est de plaire au plus grand nombre. Découle un mégalodon mangeur d’hommes qui avale des gens à la chaîne sans pratiquement la moindre goutte de sang. Tout le monde disparaît proprement, comme aspiré dans un vide. Forcément, pour un film censé parler d’un monstre préhistorique géant mangeur d’hommes, ça fait bizarre. Tout cela est d’autant plus frustrant que le projet n’a pas toujours été pensé ainsi. D’après plusieurs interviews de Jason Statham, le film devait initialement être beaucoup plus violent et orienté vers un public adulte. Plusieurs scènes auraient même été tournées dans cet esprit avant d’être finalement atténuées ou retirées afin d’éviter une classification restrictive. Le film que l’on voit aujourd’hui est donc le résultat d’un compromis typique des grosses productions qui veulent lisser le contenu pour toucher le public le plus large possible. Lors de mon second visionnage, en sachant cette fois-ci à quoi m’attendre, l’expérience est passée un peu mieux. Ce n’est toujours pas un grand film, ni même un très bon film, ni même un bon film tout court. Mais d’une note de 2/10, je passe à 5/10. Il faut donc voir En eaux troubles comme un divertissement idiot relativement efficace dans la bêtise qu’il vise. Une sorte de nanar de luxe qui assume finalement assez bien son côté spectaculaire un peu bête. Ce qui est regrettable, c’est qu’avec un postulat de départ pareil, on aurait pu s’attendre à un véritable film d’horreur marquant, à l’instar de ce que Spielberg a réussi avec Les Dents de la mer, en introduisant un nouveau monstre abyssal capable de fasciner et de terrifier toute une époque. Mais on a l’impression que le cinéaste a reculé devant cette ambition et a préféré transformer le tout en une comédie légère, effaçant toute tension et tout frisson pour privilégier le spectacle bon enfant.



Le scénario, signé Dean Georgaris, Jon Hoeber et Erich Hoeber, repose sur une idée simple mais efficace. Une équipe de scientifiques explore ce qui pourrait être une partie encore plus profonde de la Fosse des Mariannes, dissimulée derrière une thermocline de sulfure d’hydrogène. Derrière cette barrière naturelle se cacherait un écosystème resté intact depuis des millions d’années. Évidemment, qui dit monde préhistorique dit aussi mégalodon. Le film commence plutôt bien. L’exploration sous-marine, les submersibles, l’idée d’un monde caché sous les abysses fonctionnent correctement. Il y a même quelques moments où le récit semble promettre quelque chose d’un peu plus tendu. Malheureusement, dès que le mégalodon remonte à la surface, le ton bascule clairement vers le spectacle léger. Le suspense laisse place aux blagues, et la menace devient progressivement un prétexte à des séquences d’action parfois très absurdes. Mais il faut reconnaître une chose, on ne s’ennuie pas vraiment. Le rythme est soutenu et il se passe toujours quelque chose. Même si certaines situations sont complètement tirées par les cheveux, le film assume cette légèreté. Là où il déçoit davantage, c’est sur le plan du frisson. Il manque constamment une tension qui aurait pu transformer En eaux troubles en véritable thriller horrifique aquatique. Pourtant, le récit montre à un moment qu’il en était capable. La scène où la petite fille observe le mégalodon à travers la vitre du centre sous-marin Mana One est probablement la meilleure du film. Le requin prend quelques secondes pour l’observer avant d’ouvrir la gueule pour essayer de la dévorer. Là, il y avait un vrai potentiel de tension. Malheureusement, ce type de moment reste trop rare. Techniquement, le film s’en sort plutôt bien. La photographie de Tom Stern est solide, les effets visuels sont corrects et la direction artistique de Grant Major fonctionne bien, notamment pour la station sous-marine Mana One. Les décors de Robert Bavin, Jill Cormack, George Hamilton, Andy McLaren, Kim Sinclair, Sam Storey, Calvin Tsoi et Ken Turner sont convaincants, même si le film n’exploite jamais vraiment le potentiel de cet environnement. En revanche, la musique de Harry Gregson-Williams est totalement anecdotique. Impossible de se souvenir d’un thème marquant. Quand on parle de film de requin, la comparaison avec John Williams et son thème mythique des Dents de la mer, ou encore Trevor Rabin pour Peur Bleue, est forcément cruelle.



Ouais, enfin, je ne suis pas fou. J'ai juste vu des choses que personne d'autre n'a vues !


Côté casting, ce n’est franchement pas glorieux. Non pas tant à cause des comédiens eux-mêmes, qui pour la plupart font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne, mais bien à cause de personnages écrits avec zéro profondeur psychologique. Ils sont plongés dans des situations censées être terrifiantes, constamment à deux doigts d’une mort atroce, et pourtant personne ne semble réellement perturbé, la réaction la plus naturelle semble être de lancer des petites blagues pour synthétiser la peur. Et comme si cela ne suffisait pas, le récit s’encombre d’une galerie de personnages beaucoup trop nombreux, tous plus clichés les uns que les autres. Li Bingbing, dans le rôle de Suyin, est assez mauvaise. Ses dialogues et ses réactions sont souvent en décalage avec la situation. Elle joue parfois avec une légèreté adaptée à un film comique alors que le scénario voudrait nous faire croire à une tension dramatique. Rainn Wilson en tant que Jack Morris, milliardaire, est un personnage caricatural comme ça ne devrait plus être permis, en tant que riche patron arrogant qui est forcément un sale type parce qu’il est riche. Une subtilité d’écriture incroyable. Winston Chao fait acte de présence en père plus ou moins respectable, mais son personnage est si peu développé qu’il devient rapidement interchangeable avec n’importe quel figurant vaguement scientifique. Page Kennedy, dans le rôle de DJ, est le cliché du black trouillard qui panique en permanence en ne faisant que parler, et qui en plus, autant oser jusqu’au bout, ne sait pas nager. Mais alors qu’est-ce que tu fais dans une mission scientifique sous-marine ? M’enfin, passons. Jessica McNamee pour Lori, l’ex-femme du personnage de Statham, est… on s’en fiche. Masi Oka et Ólafur Darri Ólafsson pour le duo de geeks sympathiques censés détendre l’atmosphère ne dépassent jamais le stade de la fonction narrative. Cliff Curtis, pour Mac, est un personnage sympathique chargé de dédramatiser les situations pour que tout cela reste une grande aventure sans conséquence. Ruby Rose incarne Jaxx, écrit dans une tentative maladroite de modernité où on essaye de jouer avec sa propre sexualité (je sais on s’en fout totalement), sachant qu’une scène prend bien soin de nous montrer qu’elle refuse de serrer la main des hommes pour dire bonjour, mais semble pourtant apprécier Jason Statham, qui est l’incarnation même du mâle alpha. Bref, on ne cherchera pas trop de cohérence, ce serait demander beaucoup trop d’efforts au scénario. Robert Taylor pour Heller, incarne un connard avant d’obtenir sa petite rédemption scénaristique en sauvant Jaxx. Mince, Jaxx qui semblait refuser toute proximité masculine (sauf male Alpha Statham), finit malgré elle sauvée par un homme aigri. La vie est décidément pleine de contradictions.



Et au milieu de ce cirque narratif, voilà que le personnage le moins pire se révèle être Jason Statham. Dans le rôle de Jonas Taylor, ancien plongeur spécialiste des sauvetages en haute mer, il incarne un héros charismatique parfaitement à l’aise dans ce type de production. Certes, la manière dont il élimine le mégalodon lors de l’affrontement final est hilarante, mais au moins Statham assume pleinement le spectacle. D’ailleurs, l’acteur lui-même n’était pas favorable au ton final adopté par le film. Il souhaitait un récit plus sombre, plus violent, plus adulte. Autrement dit, quelque chose qui aurait peut-être donné un minimum de dents à ce blockbuster aquatique.

Entretien avec Jason Statham accordé à Frosty Weintraub, le rédacteur en chef de Collider :« Le film a énormément changé. Le scénario était totalement différent. Il y a eu tellement de… parfois on se dit : comment est-ce que ça a pu arriver ? Comment est-on passé de ceci à cela, puis à autre chose encore ? J’imagine que si on avait le contrôle pour maintenir les choses d’une certaine manière, on le ferait… mais ce n’est pas le cas. Il y a tellement de gens qui décident de quelles scènes d’action restent, de quelles scènes sont conservées. Comment les personnages… À la fin, ils ont voulu ajouter quelque chose au début. Toute la séquence d’ouverture où je spoiler mène un sauvetage sur un sous-marin ? Ce n’était pas dans le scénario que j’ai lu. C’était complètement nouveau. Bien ou mal, je vous dis simplement ce qu’il en est. Mais au départ, il y avait autre chose au début qui était… disons simplement que c’était radicalement différent. »

« Je suppose que, d’une certaine façon, votre imagination et votre propre perception de ce que le film va être peuvent devenir son pire ennemi. L’interprétation de Jon Turteltaub est celle d’un film amusant de fin d’été. Il est plein d’humour. Il y a mis son approche très légère… C’est un peu plus orienté vers un goût différent du mien, car personnellement j’aime des choses plus adultes et plus sanglantes. On se dit : où est le foutu sang ? Il y a un requin, quand même ! Je suis beaucoup plus âgé, mais je ne peux pas dire ce que ce film pourrait représenter pour un public plus jeune. Peut-être que j’aurais fait un film que peu de gens auraient voulu voir. Je ne suis pas réalisateur. »

« Je suis simplement un acteur chargé d’incarner un rôle. Je fais mon travail, mais j’ai appris à ne pas trop m’attacher à l’idée personnelle que l’on se fait de ce que quelque chose pourrait être. En tant que spectateur, vous êtes épargné par tout ce genre de choses qui peuvent gâcher un film. Mais quand on participe à ces productions, on devient de plus en plus critique, en se disant : là, ils auraient dû dépenser plus d’argent pour les effets spéciaux. Là, ils auraient dû rendre la scène plus sanglante. Où est passée cette autre scène qui figurait dans la version originale ? On devient très critique. »



CONCLUSION :


Bougre de phénomène de moule à gaufres de tonnerre de Brest ! Bougre de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson ! Faux jeton à la sauce tartare ! Espèce de loup-garou à la graisse de renoncule de mille sabords ! Simili-martien à la graisse de cabestan ! Mitrailleur à Bavette ! Patagon de Zoulou ! Anacoluthe ! Olibrius !


Ouf… Je me sens mieux, et vous ?



Une espèce qu'on pensait éteint depuis plus de 2 millions d'années... grosse erreur !

B_Jérémy
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le 28 févr. 2026

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