Ce second long-métrage tiré d’une histoire vraie de l’italien Francesco Costabile est l’adaptation du livre autobiographique écrit par le personnage du plus jeune fils de la famille du titre. On comprend donc pourquoi la plupart des séquences (mais pas toutes) sont du point de vue de ce dernier alors que la famille est composée d’un père violent et absent car souvent en prison, d’une mère soumise et sous emprise mais aussi d’un fils aîné plus sage et taiseux. « Familia » est une œuvre magistrale, glaçante et puissante. Un croisement parfait entre « Jouer avec le feu » pour la partie qui voit Gio sombrer dans un groupuscule d’extrême droite mais surtout de l’immense « Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand pour les violences conjugales d’un patriarche violent. On ressent presque le même choc que dans cette œuvre phare et césarisée.
Dès les premières images, Costabile nous happe dans ce tourbillon familial tragique qui tient autant du drame que du thriller psychologique. En quelques scènes, il nous montre l’horreur que fait vivre ce père violent à sa femme et vu par les yeux des enfants. Se déroulant sur une bonne décennie avec des ellipses admirablement négociées, « Familia » nous montre avec intelligence, l’atavisme de la violence et le cercle infernal qu’elle induit dans le noyau familial. Aussi bien un film sur l’emprise exercée par un mari sur sa femme et les violences conjugales qu’elle convoque qu’une démonstration d’une certaine généalogie de la violence - puisque Gio se complait plus tard dans un groupe ultra violent - le film frappe fort et juste sur tous les versants.
La mise en scène du cinéaste italien primé au Festival de Venise pour ce long-métrage d’une intensité étouffante est d’une précision chirurgicale rare. Le cadrage et les focales choisies avec cette caméra se rapprochant (et emprisonnant) ses personnages sont indubitablement marquants. Et la bande sonore, terriblement anxiogène et composée de cordes stridentes et de bruits oppressants, participe beaucoup à la tension distillée par le film. Le spectateur est constamment sur le qui-vive, balancé entre la peur que Gio rechute ou que ce père effrayant revienne distiller son poison au sein de la famille. Comme si on laissait entrer le loup dans la bergerie.
Pour que cela prenne, il fallait un quatuor d’acteur au firmament et c’est le cas. Le jeune Francesco Gheghi est d’une énergie tantôt positive, tantôt négative, mais toujours incroyable comme une cocotte-minute prête à exploser quand Francesco Di Leva est le père le plus tétanisant qu’on ait vu au cinéma depuis des lustres. Ils sont épatants, laissant des miettes à leurs partenaires, bien que Barbara Ronchi soit clairement à la hauteur.
On passe donc deux heures qui filent à une vitesse folle comme hypnotisé par cette tragédie à quatre qui parvient aussi bien à nous bouleverser qu’à nous angoisser. Plusieurs séquences sont véritablement oppressantes à tel point qu’on pourrait se croire dans un thriller policier ou un film d’horreur. Mais « Familia » montre également avec une efficacité et une clarté indéniable les mécanismes et les ravages de l’emprise, de la violence et de la manipulation psychologique. Un très grand film avec une réalisation au cordeau que seule l’épilogue pourrait paraître un peu grandiloquent quoique libérateur. Encore une preuve du renouveau d’un cinéma italien en pleine vitalité.
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