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Guillermo del Toro fait partie de ces réalisateurs dont chaque film semble provenir d’un rêve ( ou d’un cauchemar ) qu’on n’oublie jamais. Je l’ai découvert en 2001 avec L’Échine du Diable, un choc visuel et émotionnel, avant de suivre son parcours avec Blade II, les deux Hellboy, Pacific Rim et bien sûr La Forme de l’Eau, qui lui a valu un Oscar mérité. Autant dire que j’attendais Frankenstein avec une impatience fébrile.

À l’origine, c’est Andrew Garfield qui devait incarner la créature, mais pour des raisons d’emploi du temps, il a été remplacé par Jacob Elordi. J’avoue que je n’étais pas fan de l’acteur, mais force est de reconnaître qu’il livre ici une interprétation magistrale, un Frankenstein moderne, à la fois vulnérable et terrifiant. Del Toro s’éloigne du mythe classique, fini le colosse aux boulons, place à une créature plus humaine, presque tragique. Le film est d’ailleurs structuré en deux parties distinctes.
La première se concentre sur Victor Frankenstein, incarné par un Oscar Isaac monumental. On y découvre son enfance, la perte de sa mère, et la naissance de son obsession pour vaincre la mort. Del Toro filme sa folie scientifique comme une descente aux enfers, où le génie devient malédiction.

La seconde partie bascule du côté de la créature. On découvre sa version des faits, son éveil, sa peur du monde, son incompréhension face à la cruauté humaine et surtout face à son créateur. Ce découpage narratif donne au film une puissance émotionnelle rare, et permet à Del Toro de confronter directement la vision de Dieu à celle de sa création.

Visuellement, c’est un pur bijou. La mise en scène, la lumière, la direction artistique… tout respire la patte du maître mexicain. Chaque plan pourrait être une peinture. On sent d’ailleurs, par moments, quelques clins d’œil à Death Stranding 2, un détail amusant quand on sait l’amitié profonde qui lie Del Toro à Hideo Kojima.

L’intrigue évolue dans un équilibre fragile entre drame intime et tragédie gothique. Engagé par un riche mécène qui prétend croire en lui, Victor découvre que l’homme souhaite en réalité transférer sa conscience dans un nouveau corps, celui de la créature car il est mourant. Le refus de Victor provoque une série de drames qui scellent son destin, la mort, la culpabilité, la création qui se rebelle, et finalement, la spirale de destruction. Comme souvent chez Del Toro, le véritable monstre n’est pas celui qu’on croit.

Au final, Frankenstein est une œuvre d’une intensité rare, à la fois sombre, romantique et déchirante. Jacob Elordi surprend, Oscar Isaac fascine, et Guillermo del Toro signe peut-être là son film le plus abouti depuis La Forme de l’Eau. En cherchant à créer la vie, Victor a donné naissance à la mort. En cherchant la perfection, Del Toro touche, lui, au sublime.

Vielo
8
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Créée

le 8 nov. 2025

Critique lue 2 fois

Vincent Vielo

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