Bon, dès le titre, qui d’emblée affiche des références religieuses, on saisit vite qu’on va pas tout capter à ce thriller un peu déprimos qui suit le parcours un peu tristos d’un flic poussé à bout par deux gangsters aux destins classiquement tragiques. Ce polar un peu bizarre a été réalisé par Raj B. Shetty qui interprète l’un des deux malfrats de cette intrigue parfois un peu fumeuse, que des sous titres anglais très approximatifs nous rendent encore plus mystérieux. Mais puisque le récit suit un schéma classique, on n’est pas perdu et, de toute façon, l’intérêt n’est pas tant dans ce que ça raconte – la chute de deux bandits manipulés par un condé qui va se montrer finalement le plus malin – que dans la démarche formelle atypique de son auteur, Raj B. Shetty.
Dès son générique, très stylisé, GGVV affiche ainsi une certaine ambition qui marque la principale qualité de ce film somme toute assez inégal, souvent inspiré, parfois un peu mal fichu. Le nombre d’idées formidables qui se succèdent séquence après séquence (par exemple, cette idée du tueur qui chausse les claquettes de ses victimes, et la façon dont c’est visuellement utilisé dans le film) relancent constamment l’intérêt. Porté par une mise en scène imaginative et audacieuse, soutenu par une facture technique impeccable, le film emporte l’adhésion et nous permet de passer outre certaines tentatives ratées et un rythme un peu cheulou, semblant parfois un peu hors de propos, ou bizarrement à contretemps. Le film n’hésite pas à prendre son temps et à faire durer certains de ses plans, parfois un peu trop, certes, mais créant ainsi une ambiance régulièrement hypnotique et fascinante. Ralentis, cadrages, photo, Shetty fait feu de tout bois pour imposer son atmosphère décalée et si le résultat est, encore une fois, discutable, on ne peut que saluer son insolente détermination.
Bon, on pourrait aussi trouver que Shetty le réal se plait parfois un peu trop à filmer Shetty l’acteur, mais sa prestation est si magnétique et incarnée qu’on lui pardonnera bien ces quelques afféteries narcissiques. Autour de Shetty, le reste des acteurs – que des mecs – assurent tous leur partition avec talent, même s’ils restent quelque peu dans l’ombre de Shetty/Shiva, auquel le film s’attache particulièrement. Dommage pour le frère d’adoption et le flic, qui méritaient probablement un peu plus de corps dans toute cette affaire… violente, nihiliste, culottée et envoutante.
Certes, la moitié du propos m’est probablement passé au dessus du ciboulot et ’ai dû batailler pour en piter l’autre moitié, mais c'était bien suffisant pour voir dans Garuda Gamana Vrishabha Vahana une réussite - incomplète et discutable – mais foutrement enthousiasmante !