Tiens, une pensée en l’air. Au sortir d’Harry, un ami qui vous veut du bien, une déception pointe. Pas celle de l’expérience proposée par Dominik Moll qui vient de nous embarquer à travers une brillante plongée dans les retors de la psyché humaine mais un sentiment plus diffus, celui d’une théorisation qui s’installe à mesure que le long-métrage avance et qui s’estompe lorsque les clés de l’intrigue se résolvent. Pour ce cinéaste dont le leitmotiv principal est de s’atteler à re-politiser le faits divers (on l’a vu avec Seules les bêtes, La nuit du 12, plus récemment dans Dossier 137) en en cherchant les causes venues des instances, ce moment où l’on a imaginé un travers évident n’est que logique. Réécriture de la lutte des classes, manipulation des puissants qui n’ont d’autres atouts que ladite puissance, tout est assez limpide avant qu’un dernier acte ne vienne nous rappeler/nous faire réaliser qu’Harry (Sergi Lopez), ce forcené qui débarque comme par magie dans la vie de Michel (Laurent Lucas), n’existe pas. Prétexte à passer la crise de la quarantaine pour ce père de famille galérien qui s’interdit de fantasmer un potentiel artistique qu’il a abandonné depuis les bancs du lycée, cet ami imaginaire le pousse dans ses retranchements, le fait assassiner père, mère et frère pour se débarrasser de toute influence extérieure et pouvoir reprendre sa vie en main maintenant que Claire (Mathilde Seigner), son épouse, l’encourage dans ses travaux d’écriture. On se régale de l’ironie quand Harry et Prune (Sophie Guillemin), après avoir incarné respectivement l’instigateur du doute et le fantasme inassouvi, alimentent une fosse à combler près de la maison de Michel : les fantômes d’hier seront le compost de demain, le potager aura le goût du mariage renouvelé.
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