Il y a, chez le chrétien, un clair fond de masochisme. Forcément, on lui donne, dès la petite enfance, un Dieu crucifié pour modèle ! Ce fond de masochisme, on le retrouve dans I Love Peru. C'est pourquoi la plupart des audaces iconoclastes du déconcertant Raphaël Quenard (ainsi que son air parfois étrangement hébété) m'ont plus navré qu'autre chose. Voilà un acteur qui a mis des années à percer, qui a sûrement dû, pendant tout ce temps, compter un sou un sou, tirer le diable par la queue, etc. Le voilà enfin reconnu, quasi célèbre. Et pour avoir la satisfaction de co-signer et réaliser un film, on dirait qu'il prend plaisir à dégrader, atomiser son image. Au saint nom de l'humour ? Pour ma part, je n'ai pas trouvé ça particulièrement drôle. Ça m'a même plutôt attristé parce que, dans une certaine mesure, Raphaël Quenard personnifie le Français d'aujourd'hui. Paris-Match titrait encore la semaine dernière qu'il était "la nouvelle idole des jeunes".
Bon, je vais essayer de poursuivre sur une note plus positive. Parce que j'étais et suis encore, eh oui !, un fan de cet "acteur-plus". Et que le film qu'il co-signe avec Hugo David — qui, dans l'histoire, joue surtout les Monsieur Loyal, n'étant matérialisé que par une voix off qui souvent se contente de commenter les facéties du clown chargé d'amuser la galerie — n'est ni inintéressant ni complètement raté. La première moitié, où Quenard dit et fait des extravagances, se suit avec une certaine sidération devant ce que j'ai appelé son masochisme, mais sans ennui et même de l'amusement parfois. En revanche, la seconde — où il décide de partir au Pérou suite à un chagrin d'amour (dont l'acteur et le film n'arrivent jamais à nous convaincre) et à un rêve où il s'est vu condor survolant les cimes — m'a semblé relativement creuse, gratuite et assez mal filmée. Les spectateurs y rient d'ailleurs beaucoup moins. Quenard, accompagné de David (qui, tenant la caméra, reste son interlocuteur hors-champ ou celui qui commente en off), est en théorie venu au Pérou pour une quête spirituelle ! Déjà, moi, je ne me suis pas senti transporté au Pérou, ni par les paysages péruviens montrés. Et puis, sa "quête spirituelle", ça se résume à une visite chez un chaman de Lima (portant un tee-shirt marqué du crocodile Lacoste, ce qui ne fait pas particulièrement couleur locale) qui lui confirme ou révèle que son ex-amoureuse l'a quitté pour de bon, le condor symbolisant la solitude qui sera sans doute toujours la sienne. Du coup (?), l'acteur décide d'aller en flinguer un (de condor) ! Dieu merci, la scène de chasse est brève, mais c'est du grand n'importe quoi et c'est mal filmé : on aperçoit bien un condor, mais il est à deux kilomètres ! J'aurais bien aimé voir, ne fussent que quelques seconde, un vol de condor plein écran, ses grandes ailes déployées au dessus des sommets andins. Tant pis. Par contre, on n'est pas au bout du n'importe quoi. Dans l'ultime scène, Quenard et David étant rentrés à Paris, le volatile s'invite au domicile francilien du comédien... et la voix off en rajoute une couche sur la solitude des métiers d'acteur et de réalisateur. Je cite approximativement : "Le vide, c'est l'espace de ceux qui volent", "Ce film, c'est l'histoire de nos deux solitudes réunies par un gros oiseau".
Conclusion. Réussir un film ne s'improvise pas, même quand on s'y met à deux et qu'une vraie complicité vous unit. Non seulement gagner sa vie, mais lui donner un sens, créer, exister n'est pas si facile.