Autant poser les bases : In a Violent Nature n’est pas un grand film. Ses 1h30 peuvent sembler longues, son récit minimaliste, et son thème, le slasher forestier à la Friday the 13th a été usé jusqu’à l'os. Des ados, un tueur masqué, des mises à mort violentes, on connaît. Et pourtant...
Chris Nash réinvente le genre sans le trahir. Il le prend à bras-le-corps, avec tous ses codes, mais le filme comme jamais (à ma connaissance) auparavant. Et c’est là que le film frappe : par son regard. Ici, le point de vue du tueur devient celui du spectateur. Caméra en plan fixe ou en légère poursuite, souvent posée comme un témoin muet, elle suit Johnny comme un promeneur suit une bête sauvage. Pas de montage cut, pas de jumpscare, pas de musique : seulement les bruits de la forêt, du vent, des pas, du métal contre la chair.
Chaque plan est pensé comme une scène en soi, où l'action entre et sort du cadre selon son bon vouloir. Il y a quelque chose d'aléatoire, presque documentaire, dans la manière de filmer la violence. Et parfois, ce qu'on ne voit pas devient plus dérangeant que ce qu’on perçoit. Les bruits hors-champ racontent une autre histoire, celle que l’œil ne saisit pas mais que l’imagination complète. Le hors-champ devient narratif.
Certaines scènes de meurtre sont franchement sidérantes. Je pense toute suite à celle du "dos" (ceux qui savent, savent), grotesque et techniquement brillante, aussi dérangeante qu'inventive. Pourtant, je ne suis pas amateur de torture porn. Mais là, le malaise est savamment dosé ultra graphique mais mémorable.
Le film choisit l’absence totale de musique, ce qui dans un slasher paraît presque hérétique. Mais c’est précisément cette austérité sonore qui renforce l'immersion. Le spectateur est seul avec la nature et la mort. Pas d'indicateur émotionnel, pas de violons stridents : juste le vide.
Alors oui, ce n’est pas parfait. Le rythme est lent, parfois pesant. Certains plans s’étirent inutilement. Et si la forme étonne, le fond reste basique. Le film ne raconte pas grand-chose de nouveau sur le genre ou sur ses personnages. Quant à la fin, un peu trop propre ou attendue, elle n’ose pas conclure avec la même radicalité que le reste...
In a Violent Nature n’est pas là pour plaire à tout le monde, et c’est tant mieux. Il propose autre chose, une expérience sensorielle, quasi méditative, au sein d’un genre qui tourne en rond. Il ne révolutionne pas le slasher, mais il l’observe autrement. Et ça suffit à en faire une œuvre importante, au moins dans sa tentative.
Ce genre de films, qu’on aime ou pas, mérite d’exister, parce qu’ils osent. Et parfois, oser, c’est déjà surprendre.