Comme énormément de monde, c'est au collège que j'ai découvert Nirvana, par le biais d'une ancienne connaissance qui, malgré mon amitié limitée pour lui (inexistante aujourd'hui), est parvenue à m'extirper du gouffre nauséabond de la culture musicale telle que les médias de masse la transmette depuis quelques années. Étant né en 1997, j'ai raté toute la période où Nirvana atteignait les sommets des charts, où les médias n'hésitaient pas à évoquer l'un des patrons du grunge (et donc du punk rock quelque part) aux journaux de 20 heures, que ce soit en bien ou en mal. Non, moi je suis sorti du ventre de ma mère alors que la qualité de la musique médiatisée était sur une pente descendante, touchant aujourd'hui le fond actuellement mis à part quelques rares exceptions. Dorénavant, il faut y mettre du sien pour s'écarter au mieux de cette nouvelle culture populaire, se forcer à accéder à de nouveaux horizons moins indigestes que ceux que l'on nous propose actuellement.


Nevermind fut pour moi le premier album qui marqua ce tournant dans ma vie. A la première écoute de l'album, j’eus une sensation similaire à celle de l'homme qui fut accompagné de force hors de la caverne de Platon (on va l'appeler Jacques le mec, ça sera plus simple), celle d'une expérience désagréable et agressive pour les sens. Cependant, comme Jacques, je me suis efforcé tant bien que mal en le réecoutant plusieurs fois, j'ai persisté jusqu'à prendre conscience de sa beauté et de sa rage revigorante tel les rayons du soleil agressant Jacques avant de l'entourer de sa chaleur. Mais l'allégorie de la caverne ne s'arrête pas là, après la révélation vient le rejet par ses congénères, qui préfèrent s'entêter à vivre dans un obscurantisme dont les médias de masse en sont en grande partie la cause (cette critique est une déclaration d'amour à ce formidable pan de notre société) plutôt que tenter de vous comprendre et vous accorder le bénéfice du doute.


Ce sentiment d'exclusion ressenti par une pelletée d'adolescents loosers en quête d'identité fut incarné par Nirvana, plus particulièrement et bien malgré lui par son leader et icône Kurt Cobain. Avec Montage of Heck, Brett Morgen explore en long, en large et en travers les 27 courtes années de l'artiste hétéroclite, non pas en tant que symbole, mais en tant qu'Homme. Par le biais de témoignages, de sublimes séquences d'animations avec des enregistrements de la voix de Cobain en fond sonore, tout un tas de pages de carnets alternant notes et dessins et séquences lives, le metteur en scène tire le portrait d'un génie torturé et dépressif.


Très vite, le film de Morgen transcende sa condition de documentaire pour s'harmoniser avec l'esprit bouillant et torturé du leader de Nirvana. Ainsi, le réalisateur adapte sa mise en scène à son propos et nous délivre un trip sensoriel marqué par un chaos formel rappelant The Wall d'Alan Parker. Morgen alterne avec une étonnante aisance passages furieux dopés aux plus puissantes des musiques de Nirvana (le générique avec Territorial Pissings est à ce titre scotchant) et d'autres empreint d'une tendresse, comme ceux filmés dans le cadre familial, où l'amour entre Kurt Cobain et sa femme Courtney Love explose à l'écran, faisant par la même taire toutes les critiques à l'égard de l'ex-chanteuse de Hole. Mais nul intention de glorifier l'artiste au travers de ce film, et on ne peut que se sentir gêné voire dégoûté face à des situations aberrantes venant d'un Cobain que l'on pourrait qualifier de connard égoïste si on était pas en mesure de le comprendre grâce au travail de reconstitution de Brett Morgen.


Car, paradoxalement, en choisissant de traiter l'homme derrière le mythe, le film nous rappelle pourquoi le chanteur et guitariste du groupe grunge en est arrivé à être ériger au rang de représentant de toute une génération. Par son imperfection et ses nombreuses contradictions évoquées tout au long du métrage, Kurt Cobain et Brett Morgen nous rappellent pourquoi ce génie musical a acquis ce statut qui l'a rongé de l'intérieur. C'est tout simplement parce qu'il EST nous. Il est notre reflet lorsque l'on se regarde le matin devant un miroir avant de partir au collège, au lycée ou à notre travail ennuyeux et aliénant. Il est notre source de réconfort et notre ami lorsque nous nous faisons humilier ou moquer, rejeter par le monde des adultes et des parents, dans le fond aussi immatures et imparfaits que nous le sommes (les parents divorcés de Kurt qui se rejettent la faute de l'état de leur fils plus de 20 ans après sa mort).


Parce que Cobain était l'être humain dans ce qu'il y a de plus sensible et fragile mais aussi une figure médiatique importante, il s'est fait porte parole d'une jeunesse maladive et paumée. Sa mort (très peu abordée dans le film) a mis fin à son existence en tant qu'Homme mais son mythe reste et restera intacte à tout jamais.

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