Quand Dupieux tourne en montagne, finie la légèreté, les dialogues pétillants et les tirades enlevées : ça vire au noir. Après Le daim dans les Pyrénées, voici L'accident de piano dans les Alpes. S'il va tourner prochainement dans le Massif central ou dans les Vosges, on saura au moins à quoi s'attendre. Enfin pour ce qui sera de la tonalité générale du film, parce que pour le synopsis, ça reste à chaque fois la surprise. Qui est généralement une bonne surprise, vu l'imagination dont continue à faire preuve l'animal.
Ici, de dialogues enlevés, point. Faut dire que Magali - encore une interprétation admirable (et ô combien improbable) d'Adèle Exarchopoulos - n'aligne que rarement plus de cinq mots à la suite. Par contre, il ne vaut mieux pas la contrarier, Magali. Animée par un sentiment de toute puissance, elle ne connait que très peu de limites. Non plus que la culpabilité. Comme elle le dit si bien : rien à foutre. Tiens, voilà un film qui n'est pas sans rappeler Veni Vidi Vici, dans son propos de filmer ces créatures à l'hubris rendu hypertrophié par une soudaine opulence financière. Avec la nuance que Magali ne cherche en aucune façon à paraître, sa nullité totale (en dehors d'une sorte de don totalement inné) n'étant - à ses yeux - pas un problème, mais plutôt une qualité qu'elle matérialise d'ailleurs par le port d'un appareil dentaire. Nullité totale qui n'est guère surprenante, puisqu'elle est influenceuse, ou disons pour être plus exact star du web.
Et voilà, voilà, encore un film à petit budget (sauf peut-être celui du casting) bricolé avec talent et en deux temps trois mouvements par Dupieux, qui en a même composé, en tant que Mr. Oizo, la bande-son. Et qui fait passer l'air de rien deux-trois petits messages bien sentis. Pas vraiment étonnant du coup qu'il puisse en sortir un par an. Eh bien, qu'il continue sur ce rythme, moi ça me va.