Sorti en 1976, L'Alpagueur est un polar d’action français typique des années 70, réalisé par Philippe Labro et porté par deux acteurs majeurs du cinéma français : Jean-Paul Belmondo et Bruno Cremer. Le film s’inscrit dans cette période où le polar hexagonal tente de mêler influences américaines et tradition du film noir européen.
Dans le rôle de Roger Pilard, surnommé « l’Alpagueur », Jean-Paul Belmondo incarne un chasseur de primes travaillant officieusement pour la police, chargé d’éliminer un criminel particulièrement dangereux connu sous le nom de « l’Épervier ». Contrairement à certains de ses rôles plus cabotins ou humoristiques des années 70, l’acteur adopte ici un jeu plus retenu et plus froid. Le personnage reste fidèle à l’archétype belmondien du solitaire : marginal, efficace, légèrement ironique, mais surtout implacable. Cette sobriété donne au film une tonalité plus sombre, presque désabusée, qui rappelle certains polars américains de la même époque.
Si Belmondo reste évidemment la figure centrale du film, il faut reconnaître que Bruno Cremer marque profondément les esprits dans le rôle de l’Épervier. Son personnage est un criminel méthodique et glaçant, qui manipule de jeunes complices pour commettre des hold-up avant de les éliminer pour ne laisser aucun témoin. Cremer compose un méchant d’une froideur impressionnante, presque clinique. Sa présence à l’écran, souvent brève mais intense, donne au film une tension particulière et certains spectateurs ont même l’impression qu’il « vole la vedette » au héros tant son interprétation est mémorable.
Le personnage de Costa Valdez, interprété par Patrick Fierry, apporte un peu de fraîcheur au récit. Ce jeune complice blessé lors d’un braquage devient l’unique témoin capable d’identifier l’Épervier et joue un rôle clé dans l’intrigue. Sa présence introduit une dimension plus humaine dans un univers très dur et contribue à dynamiser un scénario qui peut parfois paraître un peu étiré.
La mise en scène de Philippe Labro s’inspire clairement du polar américain. Le film assemble plusieurs éléments de genres différents : film d’évasion, enquête policière, chasse à l’homme. Cette structure en épisodes donne parfois l’impression d’un récit un peu fragmenté, comme une succession de mini-histoires reliées entre elles. Certaines scènes restent cependant très réussies, notamment les séquences de prison ou les poursuites. La photographie de Jean Penzer apporte une atmosphère assez froide et réaliste, typique des thrillers européens de la décennie.
La bande originale composée par Michel Colombier constitue l’un des points forts du film. Son thème principal mêle piano, basse et percussions dans un style très énergique, proche du rock orchestral alors à la mode. Comme beaucoup de partitions de cette époque, la musique contribue énormément à l’ambiance du film et lui donne une identité sonore très marquée. Les années 70 furent d’ailleurs une période particulièrement riche pour les musiques de film, avec des compositeurs capables de créer des thèmes immédiatement reconnaissables.
Le film a été écrit par Philippe Labro avec Jacques Lanzmann, célèbre auteur et parolier. Labro était un grand ami du réalisateur Jean-Pierre Melville. Certains dialogues du film rendent hommage à ce dernier, notamment l’habitude qu’ont les personnages de s’appeler « Coco », surnom que Melville donnait à ses proches. Le film a attiré plus de 1,5 million de spectateurs en France, un résultat honorable même s’il ne fait pas partie des plus grands succès de Belmondo.
L’Alpagueur n’est peut-être pas le film le plus célèbre de la filmographie de Jean-Paul Belmondo, mais il reste un polar solide et très représentatif du cinéma policier français des années 70. Le scénario aurait certainement gagné à être plus resserré et à développer davantage certains aspects psychologiques, mais le film demeure très agréable grâce à la présence charismatique de ses acteurs, à son atmosphère sombre et à sa musique particulièrement réussie. Et s’il y a bien une chose que l’on retient en sortant du film, c’est le duel fascinant entre Belmondo et Bruno Cremer : une confrontation entre deux figures opposées, le chasseur et le prédateur, qui donne toute sa force à ce polar un peu rugueux mais indéniablement attachant.