Le très fameux roman de D. H. Lawrence a peut-être vu son très fort parfum de scandale s'évaporer au fur et à mesure de la libération des mœurs, néanmoins, son ode au plaisir charnel, son histoire d'amour, le tout tapissé d'un discret mais présent arrière-fond de critique sociale, n'en a pas moins continué à inspirer les cinéastes. Il faut bien dire que l'œuvre d'origine est suffisamment riche et belle pour cela. Je devrais même dire "continue à inspirer les cinéastes".


La preuve, en 2022, Netflix en sort une nouvelle adaptation. Et cette dernière a ses qualités et ses défauts. Les premières l'emportent sur les derniers.


Déjà, ça évite une photographie bien lisse, bien proprette, bien fade comme le sont un peu trop celle des films d'époque d'aujourd'hui. Disons que cette photographie additionnée à une caméra souple, des costumes ne semblant pas sortir directement tout frais d'une buanderie et une actrice principale remarquable (je vais revenir sur ce point plus loin !) évitent que le tout s'enfonce dans un académisme bien ronronnant. Ce qui aurait été fatalement gênant pour une œuvre ayant pour but de titiller les sens. Ben oui, si les personnes devant et derrière l'objectif avait donné l'impression d'avoir un parapluie dans le cul, cela n'aurait pas insufflé la crédibilité de l'envie qu'autre chose soit enfoncé autre part.


Ensuite, comme je l'ai dit précédemment, l'actrice principale est remarquable. La charismatique Emma Corrin réussit à avoir la grâce et l'élégance d'une lady tout en étant d'une fraîcheur incontestable, dégageant une grande volupté qui fait un sérieux effet. En outre, son alchimie physique avec Jack O'Connell (incarnant donc évidemment le garde-chasse qui devient son amant !) fonctionne à la perfection. Bon, après, quand il ouvre la bouche, l'acteur en fait un peu trop avec l'accent du terroir.


Reste qu'à propos de Corrin, de l'alchimie avec son partenaire masculin, du fait aussi qu'ils se mettent tous les deux entièrement à poil, à égalité dans la nudité, de la mise en scène sans académisme, tout ceci a pour conséquence que je n'ai pas regretté d'avoir consacré deux heures de ma terne existence à visionner cette version.


Le film (ah oui, ici comme ailleurs, que ce soit bien clair, je n'ai rien à foutre de la fidélité ou non d'une adaptation tant que le résultat est bon !)... alors, le film donne une vision plus féministe que l'œuvre de Lawrence (c'était beaucoup plus un défenseur du féminin que du féminisme !). Ainsi, la Constance Chatterley de Laure de Clermont-Tonnerre (oui, c'est une Française, portant un nom avec une bonne dose de sang bleu, qui a réalisé l'ensemble !), ne se contente pas d'écouter ses désirs, mais en plus l'affirme haut et fort. Pourquoi pas ! N'allez pas me dire qu'à la fin des années 1910, en Angleterre, il n'y avait pas eu quelques femmes à s'être dit et avoir dit "Fuck it! I do what I want!".


Pour l'amant, Oliver Mellors, pour une des rares fois où on a un homme blanc hétéro dans un film de maintenant qui ne soit pas obligatoirement un raciste, un sexiste, suintant la méchanceté par tous les pores de sa peau, on ne va pas s'en plaindre complètement. Cependant, même s'il peut être naturellement gentil et bienveillant, qu'il lit James Joyce et Virginia Woolf (auteurs considérés comme subversifs à leur époque pour leur mentalité bien en avance sur leur temps !), que je ne suis pas opposé à une version plus policée et moins rude que celle du bouquin, j'ai du mal à trouver crédible un homme aussi parfait, selon les critères de notre époque à nous, dans l'immédiat après Première Guerre mondiale.


Autrement, le principal souci de ce film, c'est le côté romance. Avoir une furieuse envie de baiser avec une personne ne signifie pas forcément ressentir des sentiments amoureux pour celle-ci. Cela peut être uniquement une attirance charnelle forte. D'autant plus que la situation de départ est que la principale concernée est frustrée parce que son mari ne bande plus (cadeau de la Grande Guerre !) et que celui-ci veut à tout prix que son épouse porte un futur héritier dans son ventre. Et dans les deux premiers tiers du récit, l'écriture ne prend pas en compte cet aspect des choses, ne prend pas le temps de mettre en relief (progressivement, par des répliques, par la gestuelle, par des regards qui en disent long, par des situations, etc. !) que l'attirance entre les deux protagonistes (la lady et le garde-chasse !) va bien au-delà du simple désir de faire un échange de transpirations, d'assouvir un manque sexuel. Ce n'est que dans le dernier tiers que la mécanique amoureuse démarre. En conséquence, c'est plaqué trop rapidement et trop brusquement pour parvenir à avoir un impact émotionnel marquant.


Dans les problèmes plus secondaires, l'aspect social avec le capitalisme froid et inhumain (symbolisé par l'époux cocu, directeur de mines traitant ses employés comme de la merde !) ainsi que le refus de l'épouse infidèle de Mellors de divorcer (sous-intrigues qui auraient pu apporter leur supplément de consistance !) sont traités trop superficiellement et évoqués trop sporadiquement pour ne pas paraître de trop. Et les personnages du mari impuissant, de la sœur de la protagoniste ou de la garde-malade bienveillante (comme pour le côté romance, en ce qui concerne la sœur et la garde-malade, l'intrigue n'a l'air de ne penser à elles que dans le dernier tiers !) apparaissent trop peu pour avoir une empreinte indélébile, alors qu'il y avait du potentiel, là aussi.


C'est dommage tout ça, car les qualités susmentionnées font que cette adaptation d'une œuvre littéraire très souvent adaptée mérite un détour dans la campagne de la Perfide Albion.

Plume231
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