Il y a des films qui vous attendent, patiemment, comme un écureuil roux tapi dans l’ombre d’un arbre. L’écureuil rouge en fait partie. Je l’ai enfin vu, au bon moment après des années à en entendre parler.
Julio Médem y raconte une histoire d’amour, ou du moins ce qui y ressemble : une rencontre entre deux solitudes, celle d’un motard blessé (Nancho Novo) et d’une femme en fuite (Emma Suárez), dont les vies basculent dans une forêt basque aussi réelle qu’onirique. Le film oscille constamment entre réalisme et fantastique, non pas par des artifices grossiers, mais par une atmosphère — celle des coïncidences trop parfaites, des silences qui en disent long, des paysages qui semblent respirer. On pense à un conte, ou à un rêve éveillé, où chaque détail (une cicatrice, une tente sous la pluie, un regard fuyant) devient un symbole. Médem ne cherche pas à expliquer. Il suggère, il laisse planer le doute, et c’est bien là sa force.
Ce qui frappe, c’est cette économie de moyens. Pas de musique envahissante, pas de dialogues superflus. Juste des visages, des mains qui se frôlent sans se toucher, et cette impression tenace que le destin — ou le hasard — joue avec les personnages comme avec des pions. La photographie, sobre et poétique, renforce cette ambiance : des plans serrés sur les visages, des lumières tremblantes, des extérieurs où la nature semble presque menaçante. On est loin du mélodrame. L’écureuil rouge est un film qui murmure, et c’est pour ça qu’il reste en mémoire.
Le film a vieilli, bien sûr. Certains effets sonores ou montages peuvent sembler datés, mais c’est justement cette patine qui lui donne son charme. L’écureuil rouge n’est pas un chef-d’œuvre parfait, mais c’est une œuvre nécessaire — le genre de film qui vous rappelle que le cinéma peut être à la fois exigeant et accessible, poétique sans être prétentieux.