Bien avant le succès oscarisé de "The Brutalist", le jeune réalisateur-acteur Brady Corbet avait déjà une vision d'auteur bien définie, aussi rigoureuse que profondément dérangeante.
"L’Enfance d’un chef" raconte l’éducation isolée du fils d’un diplomate américain, peu après la Première Guerre mondiale, dans un manoir reculé de la campagne française. Accaparés par l’élaboration du traité de Versailles et par leurs querelles intimes, les parents négligent ce petit garçon étrange, plongé dans un monde bien à lui, qui va se trouver des manières singulières de tromper l’ennui et d’attirer l’attention de ses parents.
D’apparence angélique, ce garçon s’avère être un véritable petit démon, désespérant ses parents, crise après crise, refusant de se nourrir, de s’habiller… et bien pire encore, à s'en demander s'il n'est pas véritablement possédé par une entité fantastique malfaisante. Mais la réalité est bien plus terre à terre, et donc bien plus terrifiante.
Le réalisateur amorce ici l’exploration des thématiques qui traverseront les trois œuvres de sa filmographie : l’immigration et la transmission au sein de la cellule familiale. Dans ses trois films, les mêmes acteurs et actrices incarnent, à travers le temps, à la fois père et fils, mère et fille… Ce qui souligne la manière dont les rôles familiaux se répètent et se transmettent d’une génération à l’autre, comme si les visages et les corps portaient déjà en eux les germes d'un futur qui se répète sans cesse.
Sans définir clairement l’identité de l’enfant, Brady Corbet s’inspire des grandes figures dictatoriales du siècle à venir, notamment Hitler ou Mussolini. Son objectif : interroger la part de responsabilité parentale dans la transformation d'un petit monstre en le pire tyran que l’humanité ait jamais porté.