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Les sociétés humaines, les villages et les familles sont des formes façonnant les humains depuis l’enfance. Ce sont des ruches. Que celles-ci soient observées et annotées, que celles-ci soit utiles, ou que l’on s’asseyent dessus pendant que nous sautions au-dessus des feux. Nous n’échappons pas à la ruche, parce que nous travaillons encore et encore à ramener tout le pollen de tout les alentours au sein de notre petit hexagone.
Nous trompons le temps pendant que nous vivons, nous nous installons dans nos renoncements comme dans des alvéoles, et nous transmettons cette forme de la vie à des enfants encore vierge de la durée, encore immaculée du moindre renoncement.
Nous ne faisons pas ce que nous aurions aimé pouvoir faire, mais nous nous souvenons et nous y pensons et nous y repensons encore et encore, parce que peu à peu l’action s’infiltre dans nos têtes, et s’y installe, et s’y répand mouillant nos pensées, notre intime sans plus se déverser au dehors.
Nous sommes lâches ?
Non, nous nous tenons les uns aux autres, nous ne voulons pas faire de mal, alors nous enfermons nos désirs bien dans nos têtes, nous nous accrochons aux valeurs qui flottent autour de nous, qui nous ont été données, nous trions nos désirs comme nous trions les champignons, et plus nous parcourons les bois, moins nous en ramassons, parce que le plaisir de trouver le bon champignon s’est évanoui dans l’acte même abstrait de le rechercher. De cette façon, la déception ne peut plus nous atteindre, parce que le renoncement précède la déception.
L’enfant est un Frankenstein. Il est tout entier pétri de volontés qui précèdent la sienne, qui pointe du doigt l’alvéole quand bien même la sienne n’est pas encore formée, juste parce que l’enfant voit, entends et juge les gens qu’il a autour de lui.
L’enfant est un Frankenstein parce qu’il peut encore échapper à ses créateurs, et parce qu’ensemble, ils peuvent se tenir plus proche du temps, plus proche du désir, plus proche du mal, plus proche d’une vérité, il peuvent se placer en amont des renoncements. Ils perçoivent encore l’esprit de la ruche.
Parce que dans la ruche, il y a un esprit, un ami que l’on peut appeler, à qui l’on peut parler quand la solitude, le mal, la liberté rouée de coup submerge notre coeur. Il y a un esprit, encore assez fort pour pousser à l’action, il vient comme un train à vapeur, il fait un peu peur, mais nous y retournons encore et encore, parce que nous sentons qu’il contient lui aussi une part de nous-même, qu’en fin de compte nous avions deux origines, que nous sommes nés puis composés de deux pères dissemblables : un qui est en nous et qui y demeurera toujours dont le sifflement des roues viendra parfois poindre jusque dans nos rêves, et l’autre dont les conseils et l’observation de ses actes nous permettra de prendre soin de notre alvéole et où parfois à la nuit tombée, nous accueillerons Frankenstein et nous l’enlacerons de toute notre tendresse.
Il y a le chien que nous entendons aboyer dans notre tête et celui qui nous retrouve lorsque nous nous sommes perdu.
Créée
le 7 mars 2026
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