Comme beaucoup d’enfants, Amanda a un ami imaginaire, Rudger. Un jour, un sinistre monsieur essaie de le dévorer. En voulant sauver son ami, Amanda est percutée par une voiture et tombe dans le coma. Privé de son imagination, Rudger commence à disparaître.
Le studio Ponoc, assez jeune, a été créé par des anciens de Ghibli dont Yoshiaki Nishimura.
Ce producteur s’essaie à l’écriture et L’Imaginaire est son premier long métrage. C’est également le deuxième film du studio Ponoc après Mary et la Fleur de la sorcière, réalisé par Hiromasa Yonebayashi. Comme pour cette œuvre, L’Imaginaire est aussi une adaptation du roman pour la jeunesse Amanda et les amis imaginaires.
Tout d’abord, on retrouve une nouvelle fois l’esthétique de Miyazaki dans ce film. L’ambiance enfantine est appuyée par des couleurs vives ainsi que des dessins pastel qui rappellent les graphismes de Ponyo sur la falaise.
Une adaptation est, par définition, l’appropriation d’une œuvre pour un public précis. Si le roman d’origine, destiné à la jeunesse, narre des éléments effrayants, il convient de les édulcorer dans un film, car les images frappent autrement plus fort que le texte. Malheureusement, ici, tout a l’air d’être scrupuleusement conservé, et tant pis pour les mioches. L’histoire démarre pourtant de manière résolument enfantine comme une tartine de confiture pour le goûter : sucrée, collante et joyeuse. Si ce monde est par définition surréaliste (l’imagination remplace la réalité), il est également très sympathique. Malheureusement, cette ambiance vire rapidement au cauchemar. En effet, alors que la disparition des imaginaires amenait du drame en soi, l’ajout du terrible monsieur Bunting fait basculer le monde dans l’horreur. Son aspect, sa manière d’avaler les imaginaires et son esprit maléfique (pourquoi ressemble-t-elle à Mercredi de la famille Adams, d’ailleurs ?) sont excessivement effrayants. Ensuite, la course-poursuite façon survival horror avec une confrontation qui n’en finit pas hésite entre l’action, l’horreur et l’aventure. Enfin, la chute dramatique pose un point final larmoyant qui n’était vraiment, mais vraiment pas nécessaire en plus de toute cette peur.
À noter également le flou artistique qui entoure les contacts physiques entre les imaginaires et les personnes réelles, ambiguïté perturbante qui n’est jamais explicitée.
L’Imaginaire est joli, mais ce n’est pas suffisant. Le scénario est soit trop glauque, soit pas assez. En effet, quitte à garder tous les éléments dérangeants de l’histoire originale (et il y en a, entre le traumatisme de la mort, la perte de l’enfance et le pédophile), autant plonger résolument dans un film d’épouvante. Dès lors, la voix off et le jeu magique du début n’ont plus leur place.
Yoshiyuki Momose et Yoshiaki Nishimura n’ont respectivement réalisé et scénarisé que des courts métrages jusqu’ici et cela se sent. Si l’aspect visuel est irréprochable, l’histoire et la narration sont mal fagotées. Il va falloir encore un peu de boulot pour arriver au niveau de leur collègue Hiromasa Yonebayashi.