En lice pour décrocher le Prix Goncourt 1974, «L’Imprécateur» roman pointant le très discutable fonctionnement des multinationales écrit par René-Victor Pilhes, décroche finalement le Prix Femina et obtient un immense succès. Passionné par cette histoire, le réalisateur Jean-Louis Bertuccelli cherche alors à en acquérir les droits pour une adaptation cinématographique.

De âpres négociations s’engagent alors entre le cinéaste et l’auteur. L’affaire se conclura finalement pour la modique somme de 45 millions d’anciens francs (70 000 Euros), un accord couteux qui obligera même Bertuccelli à hypothéquer sa propre maison.

Le réalisateur fait alors le tour des producteurs de Paris mais aucun n’est prêt à financer l’adaptation de ce livre jugée extrêmement compliquée. Bertuccelli n’a finalement d’autre choix que de mettre son projet en sommeil. Il accepte alors de tourner avec Annie Girardot «Dr Françoise Gailland», l’histoire d’une femme médecin dont la vie bascule le jour où elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Malgré son sujet difficile, le film connait un véritable triomphe. Un triomphe qui va permettre au réalisateur de ressortir des cartons le projet de «L’Imprécateur», de nombreux producteurs manifestant désormais leur intérêt, notamment le célèbre (et sulfureux) producteur américain Arnon Milchan.

Grâce à un budget plus que confortable, Bertuccelli engage la crème de la crème du cinéma français de l’époque et peut enfin débuter le tournage de son film.

Un film étrange mais terriblement efficace comme l’était déjà le livre de Pilhes. Et même si Bertuccelli a été obligé de faire quelques sacrifices pour rendre accessible cette adaptation au plus grand nombre, il a réussi le tour de force de ne rien perdre de sa puissance, de n’altérer à aucun moment le message résolument offensif du roman de Pilhes.

La critique d’une globalisation alors émergeante qui s'apprête à déferler sur nous tous sur fond de lutte d’influence, de le prise de pouvoir des grands entreprises sur un monde affaiblit pour les nombreux dysfonctionnements politiques et économiques des principales puissances. En bref, la crainte d’un nouvel ordre mondial qui finira malheureusement, nous le savons tous, par triompher.

Comment lutter face à une telle force ? Comment démonter un système qui s’apparente à un véritable spectacle de marionnettes et qui nous mène tout droit à notre fin ? L’espoir pourrait venir de l’intérieur ? De la prise de conscience de certains de ces rois de pacotille, de l’absurdité et de l’absolu dangerosité d’un tel système ? C’est en tout cas ce que pense Pilhes, relayé par Bertuccelli dans cette fiction teintée de fantastique absolument remarquable.

Loin d’être uniquement réservé aux «spécialistes» et plus que jamais d’actualité, «L’Imprécateur» réussit à nous divertir autant qu’il nous interpelle, porté par la réalisation d’une incroyable justesse de Bertuccelli et un formidable casting. Jean Yanne, Jean-Pierre Marielle, Michel Piccoli, Jean-Claude Brialy, Marlène Jobert, Michael Lonsdale... Excusez du peu.

Massimiliano_N
7
Écrit par

Créée

le 2 août 2025

Critique lue 25 fois

Massimiliano_N

Écrit par

Critique lue 25 fois

D'autres avis sur L'Imprécateur

L'Imprécateur

L'Imprécateur

7

Boubakar

6760 critiques

Le corbeau sans renard.

De manière étrange, L'imprécateur est un film totalement invisible, peu diffusé à la télévision, et qui n'a pas eu de sortie en dvd. Pourtant, si on peut le voir, le jeu en vaut la chandelle. Après...

le 24 juin 2020

L'Imprécateur

L'Imprécateur

5

JeanG55

2409 critiques

L'imprécateur

C'est un film que j'avais vu à sa sortie en 1977 ; j'en avais conservé un bon souvenir. Ce film fait partie des choses introuvables en DVD et on vient de me passer une version où l'image est...

le 31 janv. 2025

L'Imprécateur

L'Imprécateur

7

Massimiliano_N

439 critiques

Les Loups de la défense

En lice pour décrocher le Prix Goncourt 1974, «L’Imprécateur» roman pointant le très discutable fonctionnement des multinationales écrit par René-Victor Pilhes, décroche finalement le Prix Femina et...

le 2 août 2025

Du même critique

Le Meilleur

Le Meilleur

7

Massimiliano_N

439 critiques

Comme un air de Déjà-Vu

Après l’excellent « Dîner », Barry Levinson nous propose ici une fable sur le rêve américain et la rédemption, portée par la performance magnétique de Robert Redford. Adapté du roman de Bernard...

le 2 nov. 2025

Allons z'enfants

Allons z'enfants

8

Massimiliano_N

439 critiques

Silence dans les rangs !

Véritable cinéaste contestataire (qui n’a jamais trouvé de véritable successeur), Yves Boisset signe ici son film le plus personnel, restant à ce jour, son préféré.Passionné par le livre...

le 2 juil. 2025

Le Corrupteur

Le Corrupteur

7

Massimiliano_N

439 critiques

Polar urbain entre deux mondes

En ce milieu des années 90, le cinéma de John Woo connait une popularité internationale sans précédent. Le diptyque du « Syndicat du crime », « The Killer » ou « A toute épreuve »… Autant de films...

le 2 juil. 2025