En 1958, Richard Brooks adapte sur grand écran la pièce de théâtre homonyme assez sulfureuse car elle aborde en filigrane l'homosexualité de son personnage principal. Mais dans une industrie encore régie par code Hays et la censure donc, difficile d'y apporter le même discours.

Néanmoins, la trame reste plus ou moins la même, c'est-à-dire que nous retrouvons Brick, hanté par la mort de son meilleur "ami" Skipper qui délaisse sa femme Maggie et se retrouve au milieu d'histoires d'héritage disputé avec le frère au moment de la mort approchante du père, Big Daddy.

Beaucoup de choses donc mais le film se centrera principalement ici sur les problèmes de couple et familiaux. Ce qui est bien dommage car cela retire alors tout l'intérêt initial de la pièce, le film étant "juste" un mélodrame familial avec un héros impuissant, sur tous les points de vue (puisqu'en plus de délaisser sa femme, il a une jambe dans le plâtre). Seulement voilà, l'interprétation du film n'est pas aussi simple et heureusement !

Le thème global du film est le manque d'affection, le héros et son frère vis-à-vis de leur père, Maggie vis-à-vis du héros, le père qui pense avoir donner de l'amour alors qu'il n'a donné que des biens matériels et un mariage dont les façades prennent l'eau lorsque la mère se rend compte que le père (enfin le mari, vous suivez toujours ?) ne s'est jamais rendu compte qu'elle l'aimait sincèrement et pas uniquement pour ses biens matériels. Bref, une famille du sud qui se déchire une nuit d'orage dans une grande maison, le frère et la belle-sœur qui manipulent la mère pour au moins récupérer la maison et la plantation pendant que Brick est avec son père mourant dans la cave remplie d'achats compulsifs. Et pendant ce temps, Maggie fait des aller-retours entre les deux, essayant toujours de trouver sa place dans cette famille dysfonctionnelle.

Rien que ça, ce sont des sujets super intéressants et même si on voit trop l'aspect "pièce filmée" qui pourrait en rebuter plus d'un, j'ai trouvé ces longues scènes dialoguées véritablement passionnantes, à la fois car les dialogues sont très écrits mais également car les acteurs jouent particulièrement bien, en particulier Paul Newman, Elizabeth Taylor et Burl Ives.

Et puis, plus intéressant encore, le film parvient, comme souvent à l'époque, à détourner la censure pour quand y disséminer des indices concernant la probable relation homosexuelle entre Brick et Skipper. Certes, ce n'est plus le centre de l'intrigue, le film se concentre beaucoup plus sur les relations père-fils mais ce dernier est tout de même encore très marqué par la mort de son meilleur ami/amant et en ayant cette information en tête, quelques dialogues, silences ou regards en deviennent lourds de sens. On peut alors interpréter la colère de Brick comme un traumatisme, à la fois de la mort violente de son meilleur ami mais aussi le fait de ne jamais avoir pu vivre son grand amour au grand jour, dans une société trop marquée par les apparences. De même, il peut voir en Maggie l'élément qui s'est toujours imposé entre lui et Skipper, cette femme séduisante qui le met face à ses propres vérités : il peut l'aimer mais ne sera jamais physiquement attiré par elle, quoiqu'en puisse penser son père.

Seule la fin m'a déçu, un virage inattendu à 180 degrés qui est bien trop abrupte, arrive comme un cheveu sur la soupe et qui n'est là que pour dire "eh vous avez vu, il est pas gay hein ?".

Ainsi, même si "La Chatte sur un toit brûlant" est quelques-fois maladroit, évite le sujet principal de la pièce pour se recentrer sur quelque-chose plus moralement acceptable, il en reste tout de même très intéressant, à la fois de par son sujet principal et son sous-texte gay.

Shawn777
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le 25 juil. 2025

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