Ca ne sera pas la critique de l'objectivité. Je n'aime pas les comédies musicales, donc ça partait pas gagnant... Et la promo façon "bulldozer" qui nous annonçait qu'il était impossible de ne pas aimer ce film, et la hype internationale ne m'aidaient pas à affronter sereinement un visionnage que j'appréhendais et attendais tout à la fois avec impatience.
Je ne vais même pas faire l'affront de résumer le film, ça va, tout le monde est allé le voir.
Bref que dire sur La La Land ?


La qualité principale du film selon moi est le travail minutieux et incroyable sur les couleurs. Chaque robe de Mia, décor, peinture sur le mur etc, a été mûrement réfléchie. C'est époustouflant, un véritable travail d'orfèvre.
Le film est léger et ses touches de situations cocasses font sourire, le tout renforcé par un Ryan Gosling plutôt bon acteur dont toutes les sorties humoristiques fonctionnent. Quel dommage que son personnage soit si détestable, surtout au début du film - tête à claque prétentieuse, insolente et bornée. Et au passage, l'auteur d'une des répliques les plus méchantes et blessantes de ces dix dernières années. Ouaip.
Quelques plans séquences valent le coup, notamment lors des passages où Sebastien joue, qui apporte un rythme effréné et très a propos. Le film baigne dans une ambiance jazzy délectable, et je pense qu'un grand amateur de jazz (ce que je ne suis pas nécessairement) pourrait y trouver son compte.


Vous commencez à vous dire "Non mais mec, t'aimes pas le jazz, t'aimes pas les comédies musicales, forcément tu vas pas aimer le film !"
Alors déjà, un, j'ai prévenu. Je ne suis pas objectif.
Et deux, objectif ou non, ce film à des défauts. Le genre de défauts qui, personnellement, me donne envie de mordre la mousse de mon siège de ciné, écumant de rage devant des travers qui devraient avoir été bannis de toute production depuis dix ou vingt piges.
Parmi les reproches que je pourrais faire à ce film, il y a le jeu d'Emma Stone, maniéré et imprécis. Impossible de croire à un personnage qui veut réussir en tant qu'actrice, quand l'actrice même qui la joue ne me convainc pas.
D'autres soucis viennent de la réalisation, que je trouve soignée certes, mais immature et impersonnelle (en dehors encore une fois du travail sur les couleurs), dans le sens où on ne sent pas réellement la patte du réalisateur. Damien Chazelle pioche un peu tous azimuts dans les gimmicks d'autres réals (successions d'inserts très cuts, fondus entre deux images, ...) plus ou moins avec brio.
Je dois reconnaître cependant que les parties chantées ne sont pas aussi nombreuses que ce que je redoutais, passent bien et donnent plutôt la pêche.


Et avant d'entamer la partie la plus virulente, je pense qu'il est temps de comprendre pourquoi ce film fait tant l'unanimité. On rêverait tous d'une histoire comme ça, moi le premier. Un amour un peu fou, un lien indestructible entre notre moitié et nous, unis par des passions fortes servant de base à notre couple. C'est vrai que c'est parfois touchant, je le reconnais. Un beau gentleman qui viendrait vous retrouver "comme dans les films", je comprends que ça puisse faire rêver.


Mais voila, nom de Dieu, c'est un film, justement, avec des personnages résolument américains. Qui en France peut réussir à s'identifier à un jazzman paumé ou une actrice qui pédale dans la semoule ?
Un film, pour fonctionner, à mon sens, doit permettre de s'identifier à ses personnages. Mais c'est rendu ici difficile parce que l'on passe deux heures à regarder depuis l'extérieur deux petits américains de bonne condition avec leurs problèmes de petits américains de bonne condition.
On ne sait rien au final de Mia et de Sebastien. On entend très très vaguement parler du père de Madame et de la sœur de Monsieur. Tout ce qui compte c'est le jazz et le club pour l'un, les castings pour l'autre. C'est détaché de la réalité, détaché des spectateurs, et l'histoire d'amour très romancée et plutôt invraisemblable ne permet en rien de s'attacher à eux. On ne les connait pas. Ce ne sont pas des personnages, ce sont des représentations de leurs buts respectifs.


Les personnages sont boiteux. Le scénario est bancal. Que ce soit un hommage aux comédies musicales comme les Parapluies de Cherbourg, je comprends et j'applaudis. Mais là, ça n'a rien de novateur, c'est mièvre et bourré de clichés gros comme mon pied ! Madame court au cinéma alors qu'elle a posé un lapin à Monsieur et apparait en plein milieu de l'écran, histoire de niquer le film à tout le monde, bah vas-y... Les personnages parlent sans cesse en même temps... La fameuuuuse promesse d'amour éternel... Et j'espère que vous allez apprécier le thème principal au piano, parce qu'on nous le crache à la gueule à chaque scène-clé...


Je vais me faire lyncher, mais ça n'apporte rien, ça n'a rien de particulier, ça brasse du vent pour pas grand chose. Le message du film a été traité dans un milliard d'autres avant lui, c'est mièvre, niais, et re-mièvre derrière, et je trouve ça dingue qu'on ose encore pondre un truc pareil en 2017 !


Pardon, je m'emporte, je m'emporte... Le temps de prendre un Sympatox avec un grand verre d'eau et je conclus.
Ce film n'est pas réellement mauvais, ce n'est pas une purge absolue, et je conçois tout à fait qu'il puisse plaire. C'est un film avec un grand capital sympathie et une belle déclaration d'amour au jazz. Mais sérieux, qu'est-ce que c'est long. Qu'est-ce que je me suis fait chier.
Et pourtant, je suis un grand rêveur, un musicien, je suis très attaché à mes rêves, j'en ai déjà réalisés certains, mais là... Non. Je reste hermétique.


Le Parisien titrait qu'on ne pouvait pas ne pas aimer ce film. Bah écoute poto, faut croire que si. Et au final, je suis pas sûr d'être le seul dans ce cas.

QuentinYuanMalt
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le 20 févr. 2017

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Yuan Cloudheart

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