Le film invente. Il ose. Il imagine un monde.

La Légende d’Ochi, derrière ses oripeaux de conte pour enfants, est un film qui semble rêvé plus que raconté, et dont chaque image pèse d’un poids ancien, comme si elle sortait des peintures de la renaissance flamande.

Mais ce magnétisme est aussi, peut-être, ce qui tient à distance, ce qui retient l’émotion. Le film s’ouvre comme un grimoire, mais tourne parfois un peu vite ses pages. Et de celle-ci, on retiendra les raccourcis scénaristiques, les personnages sous-exploités et leurs archétypes.

Ici, tout commence par le regard : une imagerie éclairée à la lueur d’un monde qui ne semble jamais avoir été traversé par l’électricité ou le progrès. Les visages, les peaux, les tissus, les matières, tout est sculpture, tout est matière dense, trouée de lumière. On pense aux toiles de Bruegel, bien sûr, mais aussi à Rembrandt, à Georges de La Tour, à tous ces peintres qui faisaient surgir la grâce du trivial, l’angoisse du geste simple.

C’est alors que le burlesque intervient et c’est là l’une des inventions les plus précieuses du film. Car cette beauté compassée se voit brusquement fissuré. L’humour n’est jamais là pour faire rire : il est un hoquet dans l’image. Comme si le monde peint se rappelait qu’il était aussi habité par des corps maladroits, bancals, magnifiques dans leur impuissance même.

Ce choc entre la grande fresque et la petite pantomime génère une émotion paradoxale. Ce trouble est précieux mais il peut aussi dérouter. Le film semble fuir les catégories. Ce n’est ni un conte, ni une satire, ni un drame : c’est un entre-trois, un film qui souffre de ce manque de décision.

Au centre, il y a Ochi. Un animal sauvage, légendaire, fantastique incarnant autant la peur que la fascination. Avec lui, le film choisit l’avant-langage : les dialogues cèdent la place à des soupirs, des chants, des cris d’animaux. Il y a quelque chose de préverbal, d’archaïque dans cette manière de communiquer.

Cependant, certaines séquences tournent à vide, certains arcs s’enlisent. On reste au seuil du mythe sans jamais l’éprouver. On admire, oui. Mais le cœur reste en suspens.

Malgré tout, au-delà de tout cela, le film invente. Il ose. Il imagine un monde avec ses propres lois. Il fabrique, sans s’excuser de l’artifice. Et dans ce geste, il touche à une forme de grâce.

cadreum
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le 23 mai 2025

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