La Lettre d’amour au cinéma d'Edgar Wright

Sorti en 2021 et réalisé par Edgar Wright, Last Night in Soho est à la fois un thriller, un film d'horreur, un film fantastique et un film de voyage dans le temps. C'est aussi et surtout un film très nostalgique des années 60. Me concernant, Edgar Wright c'est jusqu'à présent un sans faute absolu, puisqu'au minium j'aime tous ces films (la trilogie Cornetto avec ses deux compères Simon Pegg et Nick Frost), dont certains que j'adore (Scott Pilgrim et Baby Driver). Pour le coup, avec Last Night in Soho, il change de registre, puisque c'est la première fois qu'il officie dans le domaine du thriller horrifique et psychologique. Mais rassurez-vous, quelque soit le registre dans lequel il officie, on retrouve toujours sa patte visuelle, reconnaissable au premier coup d'œil.

Dans Last Night in Soho, on suit les aventures de la toute jeune Eloise (Thomasin McKenzie), dix-huit ans et vivant dans le Cornouaille, qui se rêve styliste à Londres. Elle doit donc quitter son petit village pour aller à Londres, la grande ville, la ville-monde. Elle prend donc le train et s'installe à Londres, dans une école de design (University of the Arts London). Arrivée sur place, elle découvre très vite que le Londres de nos jours n'est pas celui qu'elle avait imaginé. Elle s'était imaginé un Londres des années 60, de l'époque des Swinging Sixties (Brian Jones, Jimmy Hendrix, les Beatles) et elle se retrouve dans un Londres où elle est méprisée par ses camarades qui la prennent pour une "plouc".

Aprés mûre réflexion, elle décide donc de quitter sa (très) petite chambre universitaire et sa colocatrice toxique (Synnove Karlsen), pour s'installer dans le quartier de Soho, dans une chambre étudiante d'un petit hôtel louée par une dame âgée, Mme Collins (Diana Rigg). Chaque nuit, durant son sommeil, elle va retourner dans le Soho des années 60 et y rencontrer Sandie (Anya Taylor-Joy) qui va devenir son double fantasmé. Comme elle, elle aime la mode et la musique et veut devenir chanteuse, mais très vite, le rêve va se transformer en cauchemar lorsqu'elle va croiser la route de Jack (Matt Smith) ...

Dans Last Night in Soho, le surnaturel se mêle à la réalité. Nous allons donc visiter un Londres fantasmé des années 60, dans le quartier de Soho, où les hommes abusent des filles dans des lieux de débauche. Eloise va alors découvrir la face cachée du Londres des années 60, qui est loin de celui qu'elle avait fantasmé. Elle va peu à peu découvrir la dure réalité et assister à la descente en enfer de Sandie dans un réseau de prostitution. Elle qui se rêvait indépendante, riche et célèbre, elle se retrouve sous la coupe de Jack. Tout peut arriver à Londres, le meilleur comme le pire.

Last Night in Soho, c'est donc le destin croisé de deux jeunes filles, vivant dans deux époques différentes. Toutes les deux ont un rêve, mais la vérité va les rappeler à la dure réalité. Et la réalité est particulièrement sordide pour Sandie qui sombre peu à peu dans la prostitution. On ne passe pas d'un seul coup du rêve au cauchemar, ça monte crescendo et Edgar Wright applique la même recette qui a fonctionné précédemment dans Scot Pilgrim et dans Baby Driver. On retrouve la même patte visuelle, la même inventivité dans la mise en scène et la même importance donnée à la musique pour rythmer le montage. Non vraiment, sur la forme c'est un vrai régal visuel et sonore.

Visuellement, Last Night in Soho ressemble beaucoup à du giallo, c'est ultra coloré avec un style visuel très recherché, des couleurs vives, voire même criardes, des jeux de miroirs, des travelling dans tous les sens, des angles de caméra et des cadres pour le moins déroutants. Et concernant les thèmes abordés dans le film (folie, aliénation, sexualité et paranoïa), difficile de ne pas penser au cinéma de Roman Polansky, à commencer par Répulsion, Rosemary's Baby et Le Locataire. Ce mariage entre le giallo et la "trilogie de l'horreur schizophrénique" de Roman Polansky est un mariage heureux, mais je dois tout de même émettre quelques petites réserves.

Tout d'abord, on ressent très vite un trop plein de choses devant ce film, un trop plein visuel et surtout un trop plein dans les thématiques abordées. Lorsque tout devient trop, c'est l'overdose. Ceci dit, ça colle parfaitement avec le sens de la générosité du cinéma d'Edgar Wright et je pardonnerai toujours plus facilement l'envie de trop en faire, plutôt que l'inverse. Toujours est-il que si ça ne me dérangeait pas avant, là avec Last Night in Soho je suis sorti du film à plusieurs reprises. Je prends l'exemple des jump scares, il y en a trop et surtout, pas un seul n'a fonctionné sur moi. Pareil pour les jeux de miroirs, il y en a trop, à tel point qu'on finit par ne plus les remarquer.

Ensuite, je regrette certaines facilités du scénario qui multiplie les faux semblants et les rebondissements, dont le twist final qui est somme toute assez prévisible ...

On nous fait croire durant tout le film que l'homme aux cheveux gris (Terence Stamp) qui importune Eloise est en réalité Jack version âgé, mais on se doute bien que ce serait trop facile. Eh oui, Terence Stamp n'est pas la version âgée de Matt Smith, ce n'est pas Jack mais Lindsey, ce flic qui essayait de protéger Sandie et qu'on ne voit que l'espace d'une toute petite scène (c'est Sam Claflin qui l'interprète version jeune). Et rebelote sur le twist final qui n'en est pas vraiment un, tellement c'est évident. La vieille dame âgée qui loue la chambre à Eloise est en fait Sandie. Sandie n'est donc pas morte des mains de Jack. Au contraire, c'est Sandie qui a tué Jack et tous les hommes qui ont essayé de profiter d'elle.

Bref, Last Night in Soho n'est pas le chef-d'œuvre tant attendu, mais ça reste du très bon Edgar Wright. On sent qu'avec ce film, le réalisateur britannique a beaucoup donné de sa personne, qu'il a voulu faire sa lettre d’amour au cinéma. Résultat, il y a du too much à tous les étages et peut-être aussi une envie de trop bien faire. Par contre, ce qu'on ne peut pas lui reprocher avec Last Night in Soho, c'est d'être généreux et sincère. C'est pourquoi je lui pardonne facilement ces petits moments d'égarements pour me focaliser sur ce qui constitue la vraie réussite du film, à savoir tout l'aspect visuel et sonore, la mise en scène toujours inventive, ainsi que l'ambiance schizophrène et angoissante qui est très soignée.

Créée

le 14 déc. 2025

Modifiée

le 15 déc. 2025

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lessthantod

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