Notes sur le film : Premier jet de la Nouvelle Vague, ce (premier) long-métrage de Claude Chabrol est un pur drame « provincial » - le terme s’impose avec d’autant plus de vigueur qu’on y suit le retour dans le village de sa jeunesse d’un jeune homme que l’on imagine Parisien et à qui l’on devine un bagage culturel et moral important. Si François (Jean-Claude Brialy), légèrement malade, ne se pense pas comme supérieur à tous les gens du village, mais seulement différent par la conséquence de son long séjour lointain, on ressent assez explicitement par le regard du film que cette commune reculée ne l’est pas que géographiquement, et concentre en son sein toutes les tares de la société : alcoolisme, tromperie, maltraitance, inceste et déprime face à une vie qui mérite à peine d’être vécue, semble-t-il. Un portrait choc et à charge de la ruralité, mais pas de la bourgeoisie, qui aura les faveurs du cinéaste nombre de ses films suivants. Peintre des mœurs, Claude Chabrol a déjà un regard acéré, ici sur le milieu dont il est issu – le film s’est tourné dans le village de son enfance. Cette première mouture dans l’œuvre d’un cinéaste français majeur n’a néanmoins pas la force discursive de ses meilleurs films – La Cérémonie (1995), L’Enfer (1994), Le Boucher (1970), Les Biches (1968), Juste avant la nuit (1971) -, et sa mise en scène est timorée ici : un simili-naturalisme ne sied pas forcément à Claude Chabrol, jamais aussi efficace que dans la construction hitchcockienne d’une intrigue.