À mes yeux – et pendant longtemps – ce Flic de Beverly Hills II était le symbole de ces suites efficaces ; ces suites qui savaient reprendre la formule de leur prédécesseur tout en parvenant à les renouveler. Seulement voilà, un récent visionnage en 2026 m'a amené à reconsidérer un tel bilan, et pas qu'un peu.
Alors d'accord, il était attendu qu'on retrouve Eddie Murphy dans son rôle d'Axel la gouaille, mais aussi cette opposition entre le populo de Detroit et les gros bourgeois de LA, tout comme ces fameuses séquences de bordélisation presque salvatrices au sein de ces espaces trop engoncéembarrassés.
Mais bon, de tout cela, le quatuor de scénaristes ne s'est finalement pas vraiment embarassé. On reprend les mêmes (du moins ceux qui ont accepté de rempiler) et on leur fait faire la même chose, dans le même ordre et avec la même musique d'accompagnement s'il vous plaît.
Tout ça présente très vite l'aspect de la fâcheuse redite. Pire, tout ça ressemble très vite à de la photocopie sans saveur.
Parce que même s'il reste vrai que l'intrigue et les trajectoires de personnages étaient des plus basiques dans le précédent opus, elles n'en demeurent pas moins des données à prendre en considération pour réussir une suite. Par exemple, si on considère juste le relationnel Foley / Taggart / Rosewood, le premier film l'a fait évoluer d'une relation d'opposition (de méthode, de style, de classe) à une relation de complémentarité et de compréhension mutuelle. Et même si cette suite s'amorce effectivement bien sur le renouement de cette relation fraternelle – réactivée qui plus est par la seule bonne idée de ce film...
...à savoir l'attentat contre Bogomil...
– pour le reste, la reprise quasiment à l'identique de la structure scénaristique du précédent opus se révèle très rapidement contre-productive.
Par exemple, à quoi bon refaire une scène dans un strip club ? Dans le premier film, elle était une bonne opportunité pour générer un malaise comique du fait de l'inadéquation de Taggart et Rosewood à ce genre de milieu. Mais dans le second opus, ce genre de lieu n'indispose plus Rosewood et Taggart. De fait, la fonction première de la scène est évidée. Ne reste que la beauferie qui consiste à afficher une scène de strip comme s'il s'agissait-là d'un passage obligé pour renouer avec l'esprit du film original.
Or, c'est vraiment sur cet aspect-là que, je trouve, ce Flic de Beverly Hills II passe quand même pas mal à côté de son sujet. Certes, il offre l'opportunité à Eddie Murphy de cabotiner comme jamais, le faisant à nouveau surfer sur la crête du culot et de l'insolence. Certes, il parvient également à capitaliser de temps en temps sur la complicité sympathique que peut susciter ce trio improbable de flics mal appareillés. Malgré tout, le film échoue à redonner de la chair et du souffle à ces archétypes sympathiques que sont ces personnages. D'un côté, on édulcore le Detroit de Foley qui n'est plus le coupe-gorge où on peut perdre un ami, mais juste un décor pittoresque dans lequel on peut se balader en Ferrari sans jamais rien risquer. Et de l'autre côté le truand de Beverly Hills n'est plus un marchand de sable blanc qui peut aisément cacher son business au sein d'un monde où le marchandage de la vanité est roi. À la place on a juste un banal archétype de criminel que la bonne société (incarnée ici par Hugh Hefner, tout de même) prend bien la peine d'ostraciser.
Et c'est là que, je trouve, le choix de Tony Scott se révèle, au bout du compte, plutôt contre-productif. En enrobant ce Flic de Beverly Hills avec son esthétique très cadrée et artificialisante, il participe lui aussi à transformer cette suite en simple enchaînement de figures de style désincarnées.
Au bout du compte, j'avoue que le revisionnage récent de ce Flic de Beverly Hills II a été un moment particulièrement stérile, voire même parfois franchement malaisant.
Cette manière dont cette suite est parvenue à transformer des archétypes sympathiques en artifices évidés et cyniques a clairement participé à m’écœurer de cette suite, tant elle préfigure déjà l'effondrement à venir de cet Hollywood testorénoné que représentaient à l'époque les productions Don Simpson / Jerry Bruckheimer.
Comme quoi, même une bande originale d'enfer et un petit soupçon de nostalgie ne suffisent pas toujours pour nous faire avaler ce genre de pilule bien amère...