Irak 1990, alors que l’ONU lui impose un sévère embargo, le pays s’apprête à fêter l’anniversaire (50 ans) de Saddam Hussein. Pour cela, les enfants vont devoir préparer des cadeaux selon une répartition établie par leur instituteur. Dans une classe, l’un est chargé d’apporter des fruits et Lamia (9 ans) est désignée pour confectionner un gâteau. La fillette vit avec sa grand-mère Bibi dans une hutte en bambou.
A celui qui arrive en retard à l’école ce jour-là, l’instituteur qui n’accepte pas l’excuse présentée lui donne comme punition de mettre 5 fois son nom. C’est-à-dire que dans la vieille boîte en fer dans laquelle chacun met un papier avec son nom pour le tirage au sort, le puni devra en mettre cinq. Le garçon a donc beaucoup plus de risque d’être désigné, ce qui montre bien que cela représente une corvée. Tout simplement parce que les uns et les autres n’ont pas les moyens.
Lamia va courir à droite à gauche pendant le reste du film pour tenter de réunir les ingrédients nécessaires à ce gâteau (farine, sucre, œufs et levure chimique), tout cela sous le regard de Saddam Hussein qu’on voit partout (affiches, photos, fresques, portraits, etc.) Bien évidemment, si elle avait tenté quelques ruses discrètes pour éviter le tirage au sort, elle sait qu’il ne fallait surtout pas le refuser, car elle aurait risqué gros. D’ailleurs, dans le pays, la plupart des hommes arborent une moustache sur le modèle de celle de Saddam Hussein. Ce serait risible si on ne sentait pas que cela correspond à ce qui se pratiquait à l’époque. L’embrigadement se sent particulièrement au niveau de l’école où les élèves ont des réponses rituelles dès l’arrivée du maître, ce qui va jusqu’à l’affirmation marquée qu’ils sont prêts à se sacrifier pour le président du pays. C’est une sorte de méthode Coué à l’envers. Dans le même temps, des avions de chasse passent régulièrement dans le ciel.
Bibi emmène donc Lamia en ville. On a droit au passage à la distribution d’eau, depuis un camion-citerne où chaque personne remplit un seau et pas plus. Malheureusement pour Lamia, elle se retrouve rapidement séparée de sa grand-mère. Elle passera le reste de sa journée en compagnie d’un de ses camarades de classe.
Ce premier film de l’Irakien Hasan Hadi (qui a pu tourner sur place) lui a valu la Caméra d’Or au festival de Cannes 2025. Il nous montre la détresse de cette fillette bien courageuse, dans un Irak au bord du gouffre. Heureusement, il reste un peu de solidarité, surtout au niveau des enfants. Car, Lamia qui erre dans la ville avec son coq dans une besace, se trouve bien démunie. A tous ceux qui pourraient lui fournir les ingrédients, la réponse reste la même : combien tu m’en offres ? Comme par hasard, elle tombe même sur un commerçant vicieux qui y voit une occasion inespérée pour lui. Malgré ses 9 ans, Lamia a probablement déjà un vécu compliqué, car elle prend systématiquement ses jambes à son cou avant de tomber dans certains pièges.
Malheureusement, dans l’incapacité de payer tout ce dont elle a besoin, elle va décider qu’il ne lui reste qu’une solution, le chaparder. Elle aura néanmoins le soutien d’un de ses camarades de classe, ainsi que d’un homme qui la recherche au nom de sa grand-mère qui se trouve hospitalisée. Alors, si Lamia finit par le confectionner, ce gâteau, elle va malgré tout en payer le prix fort. Et donc, si elle échappe aux graves sanctions directes, on peut se demander ce qu’elle va devenir.
L’intérêt de ce film est d’évoquer les conditions de vie en Irak à une époque particulièrement difficile, sans aborder l’aspect politique de manière frontale, même si des images d’archives montrent Saddam Hussein fêter son anniversaire. On voit donc les conséquences de l’embargo, avec une pénurie notamment du côté des denrées alimentaires. Lamia étant le personnage principal, tout est perçu par les yeux d’une fillette dont le vécu ne correspond sans doute pas à son âge. Surtout, elle a une perception de son monde qui la place déjà quasiment dans les rangs des adultes, du fait de sa proximité avec sa grand-mère. Et, quand on la voit à l'école, reviennent en tête des séquences de la série BD L’Arabe du futur de Riad Sattouf, même si celles-ci se situent en Syrie et non en Irak comme dans le film. Centrer le film sur des enfants permet de dédramatiser la situation générale, car ils ne perçoivent pas la force et surtout les raisons de ce qu’ils subissent. Ce qui n’empêche pas le réalisateur d’en faire sentir l’aspect pernicieux. En effet, c’est un conditionnement psychologique sévère qu’ils subissent, quelque chose dont on ne se débarrasse pas aisément. Ceci dit, ces enfants ne semblent pas perdus à jamais. Leur bon sens leur permet de relativiser tout ce qu’ils voient et entendent. Même si sa grand-mère n’a pas pu expliquer à Lamia tous les tenants et aboutissants de ce qu’elle subit, elle lui a fait comprendre de quoi elle doit se méfier avant tout.