La possibilité de noter au-delà de 10 n’existe pas et je le regrette ! Ce film est un authentique chef d’œuvre, sublime à tous points de vue. L’image est splendide, les acteurs sont bouleversants, l’histoire est poignante, la musique une présence à part entière, les maquillages et les costumes de kabuki époustouflants… tout y est grâce et vérité. J’y retrouve le Japon tout entier, sa subtilité, son drame, sa folie et sa retenue.


Le film aborde tant de thèmes essentiels que l’on a le vertige : la transmission, la filiation, l’amitié et la trahison, l’ambition et l’échec, l’exigence et la cruauté, la mort, l’amour, la maladie et la douleur, la peur, la vengeance… et d’autres encore. Et pourtant chacun d’eux est traité en profondeur, nullement de manière descriptive ou explicative, mais avec finesse et intelligence, par les actes et les regards qui parlent mieux que les mots. Aucune lourdeur ni lenteur inopportune, pas de bavardage. Pendant les trois heures que dure le film j’ai été happée, embarquée, transportée, et j’ai voyagé au Japon dans des traditions ancestrales magnifiques et parfois pesantes, voire aliénantes.


Les scènes de kabuki sont sublimes et magnifiquement filmées. Le contraste est fort entre le jeu des acteurs sur la scène du théâtre, un jeu stylisé et entièrement codifié dans la tradition du kabuki, et le jeu d’acteur dans le film, sobre, dépouillé et dense, excepté dans les moments où la vie et le théâtre s’entremêlent jusqu’à se confondre.


Il y a des années j’ai eu la chance d’assister à un spectacle de kabuki à Tokyo, je découvrais cet art que je ne connaissais pas du tout. Soudain un frémissement dans la salle et une explosion d’applaudissements enthousiastes ! J’étais perplexe car je n’en comprenais pas la raison, je n’avais rien vu de particulier, tous les codes du kabuki m’étant inconnus. On m’a alors expliqué que l’onnagata qui interprétait le rôle principal féminin (donc joué par un homme), avait eu un très léger mouvement de nuque, imperceptible pour moi, mais d’une évidente et sublime beauté pour les initiés qui composaient majoritairement le public. Je me suis sentie à la fois perdue et fascinée, tellement de beauté inaccessible à décrypter pour essayer de comprendre la culture de ce pays... malgré tout resté énigmatique.


Comment, lorsqu'on est un homme, jouer un personnage féminin sans jamais tomber dans la caricature et le ridicule ? C’est tout l’art merveilleux et exigeant de l’onnagata. Avec finesse et délicatesse chaque geste, chaque attitude, chaque pas, chaque regard, est infiniment juste et troublant de vérité, une féminité sublimée. Du grand art il va sans dire, et aussi l’aboutissement d’un travail d’apprentissage long et impitoyable en vue d’obtenir le titre de "trésor national".


Mais comment passe-t-on du sublime à l’horreur, à la violence, à la cruauté ? Faut-il tout sacrifier et toucher au pire pour décocher ce titre de « trésor national » quitte faire un pacte avec le diable, une sorte de Faust nippon, dans le but d’atteindre les sommets ?


Voici en tous cas un moment de cinéma exceptionnel, une œuvre à découvrir. Le spectateur devra lâcher prise, se laisser porter, s’émerveiller en ouvrant tous ses sens, pour entrer dans le royaume passionné de cet art ancestral du théâtre, l’art de la vie... stylisé. La beauté et le drame, la joie et la souffrance, la grâce et la déchéance. Grandiose et poignant.



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le 1 janv. 2026

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