Vincent Maël Cardona confirme son flair pour les récits à l’ambiance électrique et aux personnages à vif avec Le Roi Soleil, un huis clos bien moins doré que son titre ne le laisse supposer. Le film débute comme une satire sociale cinglante, opposant avec une ironie mordante le monde clinquant de la haute finance à l’univers miteux d’un bar-tabac nommé, par dérision, « Le Roi Soleil ». L’intrigue, astucieuse et implacable, se noue autour d’un ticket de loto gagnant et d’un cadavre, poussant un groupe d’inconnus issus de la France périphérique à réécrire la réalité pour s’emparer de la fortune. La promesse d’une comédie noire grinçante sur l’appât du gain et les inégalités est tenue, mais Cardona a plus ambitieux : il transforme progressivement ce prétexte en une machination sur le pouvoir des fictions et la perméabilité entre le réel et l’illusion.


La véritable prouesse du film réside dans sa mise en scène à la fois virtuose et malicieuse. Le réalisateur, tel un marionnettiste, déjoue avec une élégance cruelle les attentes du spectateur. Le bar-tabac, décor a priori banal, se révèle être un labyrinthe cinéphile aux multiples strates – cuisine évoquant le cinéma d’action asiatique, cave inquiétante digne d’un film d’horreur des années 70 –, chaque recoin nourrissant les fantasmes et les mensonges des personnages. Ce glissement sensoriel, magnifié par une photographie et une direction artistique inventives, crée une expérience de cinéma totalement immersive. On ne regarde plus seulement une histoire ; on est entraîné dans le tourbillon d’une création en direct, où les personnages deviennent eux-mêmes les scénaristes fiévreux de leur propre destin, brouillant allègrement les frontières entre le calcul et le hasard, la vérité et la performance.


Au-delà de son ingéniosité formelle et de son rythme haletant, Le Roi Soleil frappe par sa profondeur sourde. La galerie de portraits, servie par un casting impeccable (Pio Marmaï, Sofiane Zermani, Lucie Zhang…), incarne les désirs et les désillusions d’une génération. Le film, sans jamais moraliser, explore avec une lucidité jubilatoire les mécanismes de la culpabilité et la corrosion des âmes par l’argent. Cardona signe ainsi une fable contemporaine éblouissante, aussi addictive qu’un coup de dés, qui vous happe pour ne plus vous lâcher et vous laisse, une fois les lumières revenues, avec le goût enivrant et amer du gros lot et de ses conséquences. Un thriller existentiel son auteur comme l’un des talents les plus excitants du cinéma français.

Créée

le 18 janv. 2026

Critique lue 31 fois

Critique lue 31 fois

3

D'autres avis sur Le Roi Soleil

Le Roi Soleil

Le Roi Soleil

3

Felix-the-cat

653 critiques

Film pas lumineux

Présenté à Cannes hors compétition, Le roi soleil démarre plutôt bien et a néanmoins quelques bonnes idées, à l'image de son intro et de sa conclusion, métaphoriques autant que lunaires ; et de sa...

le 28 mai 2025

Le Roi Soleil

Le Roi Soleil

4

TomSank

4 critiques

Pompeux et soporifique

Le prologue annonce un propos qui ne sera jamais vraiment tenu et, au delà du faste du décor royal, ce début n’apporte pas grand chose et cette première demie heure est déconcertante. À force...

le 30 août 2025

Le Roi Soleil

Le Roi Soleil

6

Cinephile-doux

8167 critiques

Et vices et Versailles

Une fois posé le fait que le préambule et la conclusion du film sont quelque peu hors sujet, hormis le fait qu'ils se déroulent au château de Versailles, il faut bien accorder au deuxième long...

le 24 mai 2025

Du même critique

The Bride!

The Bride!

2

La-derniere-seance

178 critiques

Quand Barbie rencontre Frankenstein

Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip...

le 4 mars 2026

Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres

10

La-derniere-seance

178 critiques

Dans la tête d'un collabo

Le Rayon et les ombres n’est pas un film de plus sur la Collaboration. Xavier Giannoli fait le choix courageux de la lenteur et de l’ambiguïté pour traquer, en trois heures quinze, ce qui se passe...

le 19 mars 2026

Projet dernière chance

Projet dernière chance

7

La-derniere-seance

178 critiques

Petit manuel de l'amitié intersidérale

Avec Projet Dernière Chance, adaptation du roman d'Andy Weir (l'auteur de Seul sur Mars), Phil Lord et Christopher Miller livrent une science-fiction rafraîchissante et réconfortante. L'argument...

le 17 mars 2026