De 1948 à nos jours, le réalisateur palestinien Elia Suleiman évoque de façon elliptique et à travers quelques anecdotiques incidents familiaux la vie à Nazareth, dans la Palestine sous occupation israélienne. Avant qu'il ne se mette lui-même en scène dans la dernière partie du film, Suleiman raconte ses parents, son enfance, ses voisins.
Le fond est grave sans doute et certains faits liés à la présence des soldats israéliens, déclinés souvent de façon plus symboliques que réalistes, voire sous un angle burlesque, sont clairement dramatiques. Suleiman désamorce constamment le drame par le regard neutre, dépassionné qu'il porte sur l'existence palestinienne.
Lorsqu'il apparait à la fin du film, de retour au pays, Suleiman, avec la physionomie impassible d'un Buster Keaton mutique, semble un témoin interloqué, comme étranger à la Palestine actuelle. Avec ses plans fixes et ses personnages moroses ou inexpressifs desquels émane une cocasserie contenue, c'est au style du finlandais Aki Kaurismaki que ressemble la mise en en scène de Suleiman.
"Le temps qu'il reste" est un raccourci d'Histoire -rien n' a vraiment changé en 60 ans, semble nous dire le cinéaste- qui ne nous invite pas à découvrir la condition palestinienne mais à la ressentir.