Coproduction germano-mongole, Die Adern der Welt prend le contrepieds des ruées vers l’or héroïques où des Occidentaux se voyaient éprouvés au contact d’une terre à creuser, adopte le point de vue des invisibles, à savoir des autochtones et de leur combat modeste – par rapport aux bulldozers commandés par des entreprises internationales. Tout le film repose sur l’antithèse entre deux rapports au monde distincts, l’un spirituel, cherchant sans cesse l’harmonie entre les êtres humains et la nature, l’autre matérialiste, s’épuisant dans une cupidité intarissable ; cette figure est transposée à l’écran par une perturbation de l’ordre du monde au moyen des instruments de destruction qui « déchirent le paysage / comme un vêtement usé », s’il fallait citer la poétesse québécoise Hélène Dorion. Voici une pelleteuse rouge au dernier plan, voilà le bruit d’un engin qui approche.
La confrontation manichéenne entre traditions locales et modernité importée se complexifie par le motif du chant : si ce dernier respecte la sacralité transmise par le père, il devient le support d’expression d’un message. Le concours de talents, dont les coulisses comme métaphore de son artificialité générale sont dévoilés à la façon de Little Miss Sunshine (Jonathan Dayton et Valerie Faris, 2006), résonne ainsi telle la médiatisation d’un jeune et prometteur lanceur d’alertes, et la clausule diffuse sa voix sur des espaces en mutation, laissant la liberté au spectateur d’imaginer la suite – moins la suite du film que la suite à donner à tout cela. Cette suspension dernière de la morale et du jugement s’avère pertinente, fidèle à l’esthétique documentaire adoptée qui saisit des instants de vie (néanmoins concertés). Une déclinaison mongole des thématiques chères au cinéma de Jia Zhang-Ke, un avant-goût réussi de ce que perfectionnera le cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi trois ans plus tard avec Aku wa sonzai shinai, en français Le Mal n’existe pas.