Un autre monde, celui de nos grands-parents et de nos parents. Les générations qui nous précèdent nous bercent de traditions, de codes sociaux, de pudeur ancrée au quotidien, de langue chantante et de chaleur humaine. L’histoire, celle de l’Algérie, celle de familles qui traversent des vies qui se ressemblent toutes, mais qui sont pour chacune unique.
Les hlm, la vaisselle, les photos, les grands-parents qui se séparent, mais qui restent sur le même palier, les drames familiaux, mais les habitudes qui restent, ces liens qui ne se défont jamais.
C’est un documentaire bouleversant, qui m’a retourné en tant que femme maghrébine, m’identifiant sans mal à cette famille, à cet accent, à ce quotidien, à cette maman. Je vois mes arrière-grand-mères, mes chers grands-parents, mes tantes, mes oncles, mes parents, moi et mes frères…
Ne pas parler d’amour, jamais c’est un credo tacite. La mémoire qui se garde pour soi et qui ne se raconte pas. Les silences des souvenirs. Le passage d’une vie à une autre, c’est comme ça, pas besoin de mots pour répéter les mêmes journées.
La révolte de nos pères, les problèmes d’argent, toujours, les salaires minimes et le travaille qui casse le dos, mais le moral qui survole l’homme. C’est quelque chose de tellement ancré en nous, il n'y a pas d’explication, c’est comme ça depuis toujours, pourquoi changer quelque chose qui n’est pas nécessaire ? Pourquoi bousculer la tranquillité ?
On ne parle pas et c’est comme ça. Les photos, on les range et on ne les ressort pas.
On se cache derrière nos mains et sous un sou(rire) pour esquiver la gêne d’une question trop direct. Trop ou juste intime, qui réveille la personne qu’on était dans une autre vie.
Lina Soualem laisse là un témoignage qui répercute chez beaucoup, c’est le portrait de milliers de petites gens. Des familles partis d’une Algérie en lambeaux pour se reconstruire mais qui se retrouvent à courber l’échine en regardant vers un pays qu’ils ne reverront plus.
Je suis reconnaissante pour ce genre d’œuvre. C’est ce que je cherche à atteindre dans mon travaille. Une autobiographie sociale, familiale et (trans)générationnelle. Faire quelque chose qui aide à comprendre, à guérir, à pardonner.
Merci.