Lorsque l'on évoque un premier film, on imagine volontiers un court-métrage brinquebalant, mal éclairé, tourné à l’arrache sur une caméra Video8 fatiguée, bricolé avec l’énergie fébrile des débuts et les premiers tâtonnements artistiques. Вовсе нет !



Little Odessa surgit au contraire comme un objet de cinéma pleinement aiguisé. Brighton Beach — cette « Petite Odessa » new-yorkaise — n’est pas qu’un décor : c’est une terre de mémoire déplacée, un morceau de shtetl transplanté entre l’Atlantique et l’asphalte, où la langue ukrainienne, les rites juifs et la loi du clan survivent comme des braises sous la cendre d'un brasier de fortune sous les poutres métalliques de Brooklyn. Dès ses premières images (quelle photographie bon dieu !), le film sonne comme un requiem sombre et funèbre, hanté par la neige, la famille, la faute et l’exil.


Au cœur de cette tragédie, Tim Roth incarne un tueur à gages quasi-spectral, tout de cuir vêtu, comme un homme déjà en deuil de lui-même. Et quelle justesse ! Edward Furlong lui répond parfaitement dans la peau du jeune frère à la recherche de la figure paternelle (thématique assez récurrente chez Gray). Ah oui et il y a Vanessa Redgrave aussi... la mère.


Sympa le casting pour un premier film.


Film de la violence contenue plus que de l’explosion, Little Odessa avance à pas feutrés, préférant la gravité à l’esbroufe, la mélancolie à la démonstration, la musique sacrée orthodoxe au synthé de Brad Fiedel. Déjà s’y dessinent les obsessions qui irrigueront toute l’œuvre de Gray : la famille comme fatalité, le choix du Bien et du Mal ou encore l’amour comme dernière lueur avant l’engloutissement.


Neirda-Draner
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le 30 déc. 2025

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Neirda Draner

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