J’ai laissé reposer mon cœur et mon esprit et voici que l’envie de partager sur ce film vu en avant-première, avec Claude Barras pour présenter son premier long métrage ainsi que nous faire admirer, en fin de projection, la marionnette d’Icare, alias Courgette, ne me quitte pas.
C’est l’histoire d’un enfant, de plusieurs enfants… d’adultes, de solitude, de douceur dans le brouillard, de séquelles indélébiles, de papas et de mamans, de frères et de sœurs, qui ensemble, cherchent à vivre ou à renaître de leurs cendres.
Icare, 9 ans, a fermé à jamais la porte de la souffrance de sa maman en l’envoyant rejoindre son super-héros de papa au paradis. Mais le petit garçon va vite découvrir qu’il n’est pas le seul à souffrir. Il est emmené par son nouvel ami Raymond, policier de profession, dans son nouveau chez lui, un foyer pour enfants où chaque jeune habitant a ses malheurs. Seulement voilà, quitte à ne plus avoir personne pour les aimer, autant tout partager. C’est ça leur force, ils n’ont pas vécu les mêmes misères, mais au fond, ils sont tous pareils, alors pourquoi ne pourraient-ils pas eux aussi être heureux.
Ce film est dur, en premier lieu de par les sujets traités, mais aussi par la puissance des dialogues qui, avec une douceur chaleureuse, amplifie sa force. Les personnages sont hauts en couleurs, drôles, enfantins,attachants et parfois matures. La petite troupe, menée par le sulfureux Simon, va expérimenter la vie dans le joli foyer. Le dernier film d’animation en date à m’avoir vraiment touché fût « Ernest et Célestine » et je dois dire que ce court long métrage m’a touché différemment, mais m’a probablement plus percuté. Je pense même que de tous les films que j’ai pu visionner, celui-çi entre avec fracas dans les 5 que je préfère de toute cette décennie.
Claude Barras, illustrateur de formation, a, à l’aide de ses collaborateurs, confectionné toutes ces belles marionnettes, entre 10 exemplaires pour les personnages les plus présents, et 3 pour ceux qui le sont moins. Animé à la main, image par image, chaque jour de dur travail voyait seulement 4 petites secondes de film achevées. Si bien que la préparation du film pris un peu moins d’un an, et la réalisation, elle, une année complète. J’ai eu la chance de pouvoir voir chaque expression du visage des personnages, comprenant 25 expressions de bouche, de nombreuses expressions de regard et 6 expressions de sourcils par personnage, un travail titanesque.
Je ne peux qu’encourager tout le monde à aller voir ce film : petits et grands. Claude Barras a réussi à faire de cette histoire difficile un métrage accessible à tout âge. Ce qui est chouette, c’est qu'à la fin du film, les enfants, en tous cas ceux qui étaient dans la salle avec moi, avaient tous beaucoup aimé et voulaient partager leur ressenti et poser de nombreuses questions.
Voici un petit récapitulatif de ce que j’ai retenu : Les personnages portent de vrais habits en tissu tricotés pour la plupart à l’aide de cures dents. Les décors sont faits de bois et de carton. La pluie a été rajoutée au montage. Chaque personnage mesure environ 20 centimètres. Claude Barras a fait un stage de trois semaines dans un foyer et il a récupéré une idée qu’il a beaucoup aimé là-bas : celle du tableau des humeurs.
Le cinéma d’animation, celui fait main, n’a rien à envier à celui fait par ordinateur, bien au contraire, il lui a toujours été supérieur et le sera toujours. Foncez voir ce film qui deviendra probablement une référence du genre d’ici quelques années. Longue vie à Courgette.