Ce fut mon tout premier Guédiguian, il y a fort longtemps. Ça ne m’avait pas grandement passionné.


     Au même titre que ses autres films, je pense qu’il faut le revoir à l’aune de sa filmographie toute entière, le revoir quand on a vu ses premiers (Dernier été, Rouge midi, Ki Lo Sa…) voire ses derniers (Les neiges du Kilimandjaro, Gloria mundi, La Villa) tant le cinéma de Guédiguian s’impose par sa petite troupe, que l’on retrouve de films en films, avec parfois des ponts étonnants.


     Et par sa petite musique, cette gravité masquée par la légèreté du soleil de l’Estaque. Cette naïveté transparaît d’autant plus dans Marius et Jeannette qu’elle prend les atours du conte. Une histoire d’amour et des potes de voisinage autour. Mais c’est bien plus compliqué que ça, ne serait-ce que d’un point de vue politique et social tant le portrait de chacun des personnages va de pair avec le contexte économique : on y évoque les problèmes d’argent, le chômage, les grèves, l’injustice sociale.


     Et ce n’est pas qu’une toile de fond : Marius travaille comme vigile sur un chantier, boulot qu’il a dégoté en faisant semblant de boiter. Jeannette travaille en tant que caissière dans un supermarché et peine à arrondir ses fins de mois pour subvenir aux besoins de ses deux enfants. S’ils se rencontrent c’est parce qu’elle est venu voler des pots de peinture sur le chantier qu’il surveille.


     Le conte chez Guédiguian est dépourvu de paillettes, c’est un conte de la précarité, situé entre bar, ruelle, cimenterie, fèves, aïoli et match de foot. Et c’est aussi un puissant mélodrame tant il fait le portrait de deux abîmés par la vie – la confession finale de Marius est l’un des trucs les plus tristes du monde.


     Mais à l’image de cette mappemonde qui débarque dans le port de Marseille au tout début du film, c’est comme si cette histoire d’amour, ce conte, trouvait là toute sa dimension universelle. Un beau geste tragique et utopique à la fois. Je ne m’attendais pas à être aussi ému à la revoyure. C’est vraiment très beau.

JanosValuska
8
Écrit par

Créée

le 15 nov. 2021

Critique lue 480 fois

JanosValuska

Écrit par

Critique lue 480 fois

6
3

D'autres avis sur Marius et Jeannette

Marius et Jeannette

Marius et Jeannette

7

Val_Cancun

2673 critiques

Conte d'été

C'était pratiquement la découverte de Robert Guédiguian pour ma part, puisque j'avais simplement vu "Le promeneur du Champ de Mars", pas vraiment représentatif de son cinéma méridional et...

le 3 avr. 2019

Marius et Jeannette

Marius et Jeannette

8

mariefbru

283 critiques

Monde de reve

Évocation très sympa de tout un petit monde qui nous ferait rêver, un quartier qui vit avec se règles,sa population,qui a ses problèmes qu'elle résout toujours avec de la bonne humeur,une...

le 25 juil. 2025

Marius et Jeannette

Marius et Jeannette

6

Boubakar

6760 critiques

Qu'est-ce qu'ils attendent pour ête heureux ?

Marius et Jeannette vivent dans les quartiers nord de Marseille ; elle est caissière tandis que lui est ouvrier. Leurs vies personnelles sont cabossées, mais leur rencontre va leur donner une...

le 24 oct. 2023

Du même critique

La Maison des bois

La Maison des bois

10

JanosValuska

2996 critiques

My childhood.

J’ai cette belle sensation que le film ne me quittera jamais, qu’il est déjà bien ancré dans ma mémoire, que je me souviendrai de cette maison, ce village, ce petit garçon pour toujours. J’ai...

le 21 nov. 2014

Titane

Titane

5

JanosValuska

2996 critiques

The messy demon.

Quand Grave est sorti il y a quatre ans, ça m’avait enthousiasmé. Non pas que le film soit  parfait, loin de là, mais ça faisait tellement de bien de voir un premier film aussi intense...

le 24 juil. 2021

Classe moyenne

Classe moyenne

2

JanosValuska

2996 critiques

Jeu de massacre.

Laurent Laffite est génial. Laure Calamy merveilleuse. Ramzi excellent. Elodie Bouchez très juste. Les trois plus jeunes font le taf : Noée Abita, sublime dans Ava ; Sami Outalbali & Mahia...

le 27 sept. 2025