Texas,août 73.Cinq jeunes se baladent en van et passent dans un endroit paumé où vivaient autrefois les grands-parents de deux d'entre eux.Ils ont entendu parler de profanations dans le cimetière local et veulent vérifier que la sépulture de leurs aïeux n'est pas concernée.Ils pensent repartir après mais ils n'ont plus beaucoup d'essence et la station-service du coin est en rupture de stock.Dépités,ils vont dans la maison en ruine des grands-parents,mais ils vont avoir affaire à leurs voisins,une famille plus que bizarre.Après le psychédélique "Eggshells",le jeune cinéaste fauché Tobe Hooper se lançait pour son second long-métrage dans ce qui deviendra une des oeuvres pionnières de l'horreur gore,section slasher et serial killers.Contraint de rogner sur le budget,il est ici réalisateur,compositeur de la musique,coscénariste et coproducteur.Son comparse Kim Henkel,qui réalisera vingt ans plus tard le quatrième opus de ce qui est devenu une franchise lucrative,contribue au scénario et à la production.Outre ses suites,"Massacre à la tronçonneuse" donnera naissance à tout un genre et des oeuvres telles qu'entre autres "Mother's day",sorti en 80,ou "Survivance",apparu l'année suivante,lui doivent beaucoup.Cependant,il ne s'agit pas non plus de l'invention de ce concept qui voit une bande de jeunes pas futés se perdre dans la cambrousse et y être agressée par des indigènes dégénérés et ultra-violents.En effet,le génial "2000 maniacs!" d'Herschell Gordon Lewis proposait déjà ce programme dix ans avant.Disons que le Hooper constitue le coup d'envoi du slasher moderne et réaliste,vu que le film de Lewis relevait de l'argument fantastique.Malgré ses finances à sec,le cinéaste se débrouille habilement pour créer une ambiance malsaine rarement atteinte.Tout ici suinte la saleté,la pourriture et la dégénérescence.Un soleil de plomb,une terre aride pas entretenue pleine de poussière et de broussailles,des baraques délabrées et crades,des mouches qu'on entend voler partout,des trucs douteux suspendus,des ossements qui traînent,des péquenots tarés aux physiques repoussants,bienvenue au Texas!Hooper s'y entend pour installer cette atmosphère délétère et angoissante,exploitant à fond sa petite quantité de décors en insinuant sa caméra dans tous les recoins douteux qui se présentent,bien aidé par son chef-op Daniel Pearl,qui fournit une photo seventies granuleuse dopée à la lumière crue du soleil ou aux ombres du soir.Pour couronner le tout,des bruitages stridents et une musique métallique grinçante achèvent de vous scier les nerfs.Certes le réalisateur,qui est de son temps,force un peu sur les effets psychédéliques sonores et visuels,qui avec le recul s'avèrent plutôt pénibles et vaguement ridicules,mais c'est tempéré par une ironie froide qui rend parfois comiques des scènes objectivement atroces.On peut aussi déplorer la timidité des séquences de violence,avec une caméra qui se détourne au moment crucial ou laisse carrément hors-champ des horreurs que les films ultérieurs du genre montreront complaisamment,mais il y a quelques bons effets de maquillage.L'action est bien rythmée et on entre assez vite dans le vif du sujet,c'est le cas de le dire,avec le numéro effarant d'un auto-stoppeur méchamment givré.Ensuite les premiers meurtres surviendront rapidement et seront sans concession avec l'apparition du légendaire Leatherface,devenu un des monstres vedettes du ciné horrifique.Le gars porte un masque,mais on a surtout l'impression que sa gueule est passée dans un hachoir à viande avant qu'un chirurgien esthétique gravement imbibé ne l'aie recousu à l'arrache.Comme en plus c'est un vrai colosse,il fout d'entrée une trouille de tous les diables.La petite famille est gratinée,il s'agit de bouseux déjantés et sadiques qui ont bossé autrefois aux abattoirs qui employaient la majorité des travailleurs locaux et qui aimaient énormément leur métier consistant à dégommer la tronche des boeufs à la masse,au point qu'ils jouent désormais les prolongations aux dépens des touristes égarés dans leur zone d'activité.D'ailleurs il y a plein de voitures planquées sur leur propriété,dont on se doute qu'elles appartenaient à leurs victimes précédentes,et il semblerait bien que les neuneus ne se contentent pas de les tuer et qu'ils pratiquent assidûment le cannibalisme.Quant aux jeunes,ce sont des crétins comme on les adore dans ce type de cinéma.Aimables,incapables de discerner le Mal,imprudents et sans-gêne,ils se jettent délibérément dans la gueule du loup et vont être bien punis pour ça.Il y a deux filles très girondes,Sally et Pam, accompagnées de leurs petits amis,le binoclard sérieux Jerry et le beau gosse blond Kirk,plus le boulet de l'équipe,Franklin,qui est le frère de Sally et est un handicapé en fauteuil roulant plus ou moins retardé mental tant qu'à faire.Si on veut analyser le fond du scénario,et de ceux des films ultérieurs du genre,on peut déceler une forme de racisme social irriguant la narration.Ces jeunes des années 70 sont des étudiants évolués,sympas,polis,probablement gauchistes et électeurs démocrates,opposés à des ploucs demeurés,arriérés,vicieux et anthropophages qui ne sont jamais allés à l'université,des rednecks trumpistes avant l'heure,d'autant qu'ils sont texans.Et c'est un postulat qui se perpétue à travers les époques,imposant cette idée d'une supériorité intrinsèque de la bourgeoisie urbaine sur ces campagnards juste bons à la nourrir en cultivant la terre et en élevant le bétail.Ce qui n'empêche pas que ça donne souvent de très bons films satisfaisant le voyeurisme d'un spectateur finalement ravi de voir ces bobos prétentieux se faire équarrir.Les comédiens sont évidemment tous des inconnus qui n'auront guère de carrière en-dehors de ce film,mais ils sont plus vrais que nature et très bons.La jolie blonde Marilyn Burns exécute un numéro de scream girl inoubliable et se montre convaincante en guerrière traumatisée.On la reverra chez Hooper deux ans plus tard dans "Le crocodile de la mort",et elle fera un caméo dans l'épisode 4 de "Texas Chainsaw Massacre" en 94.La très sexy Teri McMinn est Pam,férue d'astrologie qui n'a pas vu venir les problèmes,alors qu'Allen Danziger et William Vail sont leurs peu malins compagnons.Paul A. Partain tire la couverture à lui en handicapé timoré et geignard qui va prendre cher,tandis que les membres de la famille Sawyer sont incarnés par des acteurs d'un terrifiant naturel.Edwin Neal est bien flippant en auto-stoppeur totalement dingue,et Jim Siedow suinte le vice en cuisinier-pompiste à l'aménité glaçante.Mais forcément c'est l'Islandais Gunnar Hansen qui fait le show en Leatherface.On ne voit pas son visage,mais son gabarit massif,sa haute taille et sa maladresse infantile en font un des déments les plus spectaculaires du ciné d'épouvante mondial,toutes époques confondues.Il est parfois drôle quand il court après Sally alors qu'il est trop gros pour pratiquer le sport et encombré de son énorme tronçonneuse,mais il réussit à faire peur quand même.Sinon la publicité du film prétendait que c'était inspiré d'une histoire vraie,mais Hooper reconnaîtra plus tard que cette assertion était bidon et qu'il avait mixé différents faits-divers survenus aux Etats-Unis,notamment l'affaire Ed Gein.Note et critique de film de Tobe Hooper publiées précédemment:"Mortuary"-5.Moyenne:6.

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le 2 juil. 2026

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