Ce film mettait en scène la confrontation du bon vieux Sherlock avec Jack L’Éventreur pour la deuxième fois au cinéma après le film de James Hill en 1965. Comme toujours, la qualité de l’ensemble se juge déjà par sa capacité à créer une ambiance d’époque bien glauque et vaporeuse. De ce côté-là, le pari est relevé haut la main avec une photographie superbe, de belles reconstitutions en studio, des maquettes et des tableaux de toute beauté. La dimension cauchemardesque est parfaitement orchestrée par des plans en semi-ralenti et des crimes parfois tournés en caméra subjective. Ce n’est certes pas le Londres gothique de la Hammer, mais graphiquement, le résultat est une réussite. Le casting est, ensuite, parfaitement à la hauteur. Christopher Plummer incarne un Sherlock Holmes plus chaleureux qu’à l’accoutumée mais volontiers tourmenté et cassant. On savoure de découvrir James Mason en fin de carrière mais à nouveau à son aise dans une production plus en phase avec son talent : en docteur Watson à la fois grognon et espiègle, il s’acquitte parfaitement de sa mission. Autour du duo, les rôles sont bien tenus mais les personnages manquent certainement de profondeur.
S’inspirant de la théorie développée par l’essayiste Stephen Knight qui assure que Jack l’Éventreur était lié à la couronne et à la franc-maçonnerie, le scénario parvient à marier ce discours et l’univers d’Arthur Conan Doyle avec une certaine aisance. On pourra cependant largement lui préférer From Hell dont l’approche graphique est bien plus aboutie et, surtout, le récit mieux mené. La faiblesse du film de Bob Clark est certainement sa difficulté à rendre lisible son intrigue (il faut même une explication finale maladroite pour remettre au clair toute cette affaire) et à rendre l’ensemble plus captivant qu’il ne l’est. Cela n’empêche pas, bien entendu, le film d’être très intéressant à suivre mais on aurait peut-être pu attendre un mystère mieux conduit. Par ailleurs, Bob Clark, le réalisateur du remarquable Black Christmas, ne parvient pas à ficeler certaines scènes de terreur qui auraient été les bienvenues.
Ces quelques réserves étant formulées, le résultat est une très belle variation autour de deux personnalités majeures du thriller à l’anglaise. Techniquement irréprochable, bien interprété et jouissant d’une belle atmosphère, il ravira les amateurs du genre. On peut d’ailleurs s’étonner de constater que ce long métrage ne semble plus intéresser ni la télévision ni le marché de la vidéo (un DVD en VOST a seulement été édité sur le marché français).