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Faute de direction scénaristique claire, le film de Benoît Delhomme tâtonne mais ne fouille jamais les pistes narratives qu’il entrouvre et les survole. Quant aux acteurs, ils se retrouvent parfois face à des climax mélodramatiques très appuyés. Dommage.

Deux meilleures amies et voisines Alice et Céline mènent toutes deux une vie en apparence idyllique dans la plus parfaite harmonie. Celle-ci est soudainement brisée par un tragique accident. Culpabilité, suspicion et paranoïa vont alors faire voler en éclats la relation entre les deux femmes.

L’ouverture du film promettait. L’ambiance est angoissante, Alice espionne par la fenêtre sa voisine Céline. Puis, Céline s’en va, Alice s’introduit chez elle, ferme les rideaux et s’empare d’un couteau. Ellipse. Céline rentre chez elle, constate que ces rideaux sont tirés. Elle se rend sur le patio. Il s’agissait en fait de son anniversaire organisé en douce. Les bonnes ouvertures de film sont celles qui caractérisent ce que sera le film dès le début. Ici, ce début annonce ce qu’aurait pu être le film : l’angoisse qui s’immisce dans la vie bien rangée de la middle-class aisée américaine.

Malheureusement, une fois passée l’ouverture du film, celui-ci s’éparpille dans des directions diverses, sans qu’aucune des pistes ne soient réellement fouillées. ‘Mother’s Instinct’ se voudrait le portrait des femmes de la classe moyenne aisée américaine. On apprend que l’une d’elle voudrait reprendre le travail contrairement à l’avis de son mari, mais sans jamais que ça aille, plus loin que ça. Cela aurait pu également être un beau film sur la culpabilité. Pourquoi ne m’est-il pas arrivé ce qui arrive à mes voisins ? Qu’aurais-je pu faire pour empêcher le drame ?

Mais il me semble que le film Benoît Delhomme penche davantage vers le thriller paranoïaque. La réalité se confond avec l’imagination. La voisine s’immisce de plus en plus, les drames qui s’enchaînent. Malheureusement, le film ne m’a pas convaincu sur ce plan là et m’a refait penser aux thrillers américains des années 80 comme ‘Liaison fatale’ d’Adrian Lyne, dans lequel Glenn Close devenait folle à lier après avoir été rejetée par son amant. ‘Mothers' Instinct’ reprend ce filon des thrillers domestico-féminins dans lesquels les femmes deviennent psychopathes. Le réalisateur pourrait reprendre ce canevas pour en faire quelque chose mais ici, cela m'a semblé terriblement daté.

Ce qui n’est pas réussi non plus, c’est le drame originel qui brise l’écosystème apparemment paradisiaque dans lequel vivent les personnages. Je parle d’un point de vue scénaristique. Quand on se sent obligé de rejouer deux fois le drame ou de faire pressentir au spectateur qu’il pourrait se reproduire à deux reprises, on se dit quand même que les scénaristes et le cinéaste ont manqué d’idées et d’imagination.

En revanche, ce qui est plus réussi et c’est le plus intéressant du film, c’est comment ces deux femmes vivent par procuration. Céline revit avec le fils d’Alice ce qu’elle ne vivra plus avec le sien. Et Alice, qui s’ennuie dans sa vie de couple et de mère, passe son temps à espionner et suivre de loin la vie de sa voisine. Un peu comme si elle souhaitait vivre les drames qui agitent sa voisine pour pimenter sa vie. Ça, c’est plutôt bien vu.

J’avoue être allé voir le film pour son casting très alléchant. Malheureusement, on ne peut pas dire que le cinéaste en tire le meilleur. Les excellentes Jessica Chastain et Anne Hathaway sont parfois réduites à des interprétations outrancières, notamment dans les climax mélodramatiques. Quant à Josh Charles, dans le rôle de ce père/mari inconsolable, il est largement sous-exploité. C’est pourtant, selon moi, un des meilleurs acteurs américains qui soit, capable d’interprétations nuancées, sobres mais profondes, que ce soit dans l’excellente série judiciaire ‘The good wife’ ou dans le ‘Bird People’ de Pascale Ferran. Seul Anders Danielsen Lie, dans le rôle du mari d’Alice, m’a semblé très bien, exprimant parfaitement son désemparement face au drame et au comportement de sa femme.

Noel_Astoc
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le 5 mai 2024

Critique lue 773 fois

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