Cette adaptation en noir et blanc, que je suis allé voir à l'occasion de la sortie de la version de Polanski, m'a ravi et m'a rassuré sur le respect que les cinéastes doivent à Dickens.
La première scène est dramatique et superbe et donne son ton au film : c'est la misère et la douleur que l'époque réserve aux femmes et aux enfants. Le réalisme est souligné par des plans évocateurs sur une nature froide et déchirée. Ici, pas de mélo : David Lean s'est astreint à une rigueur artistique qu'il n'aura pas toujours dans ses autres films.
Les personnages secondaires sont réalistes et vrais. En particulier, Bill en homme déchu et sinistre et Nancy, vulgaire et émouvante sont convaincants à souhait.
Les personnages principaux le sont moins : Oliver, enfant sensible ballotté dans un univers hostile est bien falot et Fagin, sur-joué par le grand Alec Guiness encombre l'écran de son cabotinage.
Mais on tient là l'adaptation de référence du roman de Dickens : l'histoire est respectée, l'ensemble des personnages est réaliste et l'évocation de la misère de l'époque est restituée sans compromis. La mise en scène est à la fois poétique et âpre.
On est bien loin de la version luxueuse et infantile de Polanski, qui aurait tout juste mérité d'être produite par les studios Disney.
Charles Dickens sort intact de cette belle adaptation et David Lean en sort grandi.