En sortant du visionnage - impressionnant, choc presque - de On vous croit, je me suis dit que l'on avait pas vu la justice à l'œuvre filmée de manière aussi juste depuis le Délits flagrants de Depardon, qui date quand même de 1994. Et aussi que, finalement, même pour un grand fanatique de Science Fiction et de Fantastique comme moi, il n'y a rien de plus terrifiant, de plus saisissant, de plus intéressant que la réalité, quand elle est interprétée et mise en scène avec autant de talent que de prudence : car il s'agit d'éviter le "dossier à charge", de ne pas asséner ces messages simplificateurs qui prolifèrent par exemple sur les réseaux sociaux et appauvrissent la pensée, de ne pas tomber dans la psychologie ou la sociologie qui peuvent analyser à outrance et oublient de regarder les êtres (ce qui est le rôle du cinéma), de ne pas créer de la fiction quand le réel suffit, de trouver la juste distance pour que la vie s'exprime naturellement, etc. C'est très compliqué en somme, et On vous croit n'étant pas un documentaire (même si ce sont de véritables professionnels de la justice qui jouent apparemment les rôles leur correspondant dans le film), le risque de plantage était élevé.

On vous croit est le récit à peu près en temps réel d'une audition devant le juge des familles (on est en Belgique, donc il y a sans doute quelques différences avec le système français) d'un couple séparé se disputant leurs deux enfants, que la mère empêche de voir leur père. Plus le film avance, plus se dévoile ce qui est en jeu ici : la réalité d'un inceste, objet d'une autre enquête, donc "a priori" exclu des débats ici, alors qu'elle est évidemment essentielle à la prise d'une décision "juste".

Enfermés dans un cadre carré extrêmement serré, asphyxiant, emprisonnés aussi dans le cadre magnifique d'un palais de justice trop moderne, trop propre et trop fonctionnel, la mère et ses deux enfants se débattent pour qu'on les croit, quasiment pour qu'on leur laisse une chance de vivre. Qu'on les écoute et les croie, contre les idées reçues et sexistes qui prolifèrent : la femme est forcément une hystérique, les enfants ont besoin d'un papa et d'une maman, etc.

La réalisation de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys est remarquable de sobriété, mais surtout de précision et de force : cela semble tellement facile ici, comme s'il suffisait de filmer des visages et d'enregistrer des voix, mais Devillers et Dufeys laissent le cinéma advenir sans détruire la réalité, non, la vérité de ce qui se joue à l'écran. Avec un minimum de mouvements, de musique, de montage. Mais pour que tout cela fonctionne aussi remarquablement que dans ce On vous croit, il faut aussi des interprètes qui sachent tout donner sans jamais tomber dans la représentation, le tour de force (ce genre de choses dont le cinéma US est si friand, et qui fait des candidats aux oscars !). Et dans le genre, ce que fait ici Myriem Akheddiou, en particulier dans le long monologue qu'est sa déposition, est tout bonnement extraordinaire.

[Critique écrite en 2025]

Eric-Jubilado
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le 24 nov. 2025

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Eric-Jubilado

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