La rage d'une mère peut dépasser les mondes. Celle d'Irene le fait littéralement. Dévastée par le meurtre de sa fille par un tueur en série, elle traverse depuis les univers parallèles à la recherche d'un où celle-ci serait encore vivante. Mais ce n'est malheureusement jamais le cas. Hormis d'infimes détails traduisant la différence de ces mondes, Irene est toujours confrontée au constat de la mort de sa fille dans des conditions innommables et se venge violemment à chaque fois sur son meurtrier sans que celui-ci ait à lui apporter la moindre réponse à la folie perverse de son geste.
Dans ce cycle de fureur et de désespoir paraissant infini, elle finit un jour par faire la rencontre de Mia, une nouvelle victime du tueur, et la sauve de ses griffes...
Oh, redoutable petit concept de SF minimaliste fichtrement bien mené par ces deux frères McManus (auquel il faut rajouter leur sœur, Michaela, excellente dans le rôle d'Irene) et dont l'exposition du cycle répétitif s'avère particulièrement bien maîtrisé par leur mise en scène et montage pour nous emporter avec lui dans cette spirale de vengeance maternelle que l'on sent à jamais insatiable dans ces traversées d'un multivers incapable de lui apporter le moindre apaisement.
Et, là où le film aurait pu seulement se contenter de jouer au plus malin en multipliant facilement certains twists autour de ces voyages et rencontres qu'ils induisent, "Redux Redux" bifurque vers une formule plus sobre et peut-être plus classique en apparence, en entrecroisant la route d'Irene à celle de Mia, évidente fille de substitution sauvée, elle, par sa propre main mais aussi miroir d'une fougue vengeresse inhérente à sa nature adolescente débridée qui renvoie à la propre quête meurtrière insoluble de cette mère paralysée par son chagrin. Sur ces contours plus humains (mais qui n'en demeureront pas moins accompagnés de quelques développements sous-jacents bien pensés pour assurer la crédibilité de ce périple à travers des univers parallèles), les frères McManus ne lâchent jamais de l'oeil les connexions intimes de ce lien en construction, possible avènement d'une prise de conscience nécessaire d'Irène dans le néant de l'obscurité qui ne cesse de l'engloutir.
En cela, et avec la porte de sortie assez géniale qu'ils y trouvent par l'intermédiaire d'une "visite" pas comme les autres, le duo de réalisateurs signe un long-métrage SF indé étonnant, sincère et in fine très touchant, de ceux qui peuvent possiblement être un tremplin à encore quelque chose de bien grand (il y a clairement un nouveau niveau atteint après leur précédent "The Block Island Sound" sorti discrètement sur Netflix). On sera là pour les voir grandir, assurément.