Au même titre que Gremlins et Retour vers le futur, Ghostbusters est de ces nombreux films qui, sortis durant les années 80, ont durablement marqué la culture pop.
Sur la base d'un concept et un scénario imaginé par Dan Aykroyd (tout d'abord pour son duo avec John Belushi) et peaufiné par Harold Ramis, alors humoristes vedettes du SNL, le réalisateur Ivan Reitman s'éloignait des contrées de l'humour sbab et potache de ses débuts (Meatballs) pour se lancer dans la comédie fantastique à gros budget. Et en matière de fantastique, autant dire que Ghostbusters ne faisait pas dans la demi-mesure.
Dès son exposition, avec quelques scènes parmi les plus cultissimes, le film nous mettait directement dans le bain : présentation d'un trio de potes aux personnalités marquées et mise en situation dans les archives de la bibliothèque de New York face à un fantôme tout sage qui se révèle soudainement bien plus flippant que prévu. Le postulat du film est dès lors adopté : les fantômes existent et hantent certains recoins d'ombre de la Grosse Pomme. Virés de leur université au vu du peu de sérieux de leur activité de parapsychologues, le trio Stantz (Aykroid)-Veckman (Murray)-Spengler (Ramis) ont alors l'idée de miser à fond sur le secteur du paranormal en proposant aux new yorkais de les débarrasser de leurs fantômes (s'ils en ont). Après quelques vaches maigres, la demande explose, l'argent afflue et le nom de SOS Fantômes est dans toutes les bouches. Bientôt, une certaine Dana Barrett (Sigourney Weaver), musicienne célibataire, vient les consulter, tapant aussitôt dans l'oeil du dragueur Veckman. La jeune femme prétend que quelque chose hante le frigo de sa cuisine...
Bien sûr, le réalisme n'a aucunement lieu d'être ici. Et tant mieux. De toute façon, tout le monde sait sans vouloir se l'avouer que les fantômes existent... et ceux qui prétendent n'en avoir jamais vu ne pourront pas dire qu'ils n'en ont pas aperçus au moins une dizaine dans le film d'Ivan Reitman : lectrice fantôme hantant une bibliothèque, immonde bouffe-tout rôdant dans les couloirs d'un hotel de luxe, jolie revenante un rien entreprenante, chauffeur de taxi zombie... Le summum restant bien sûr Gozer et ses minions, les terrifiants Maitre des clés et Cerbère de la porte.
À ce titre, impossible de ne pas souligner l'énorme travail de l'équipe de Richard Edlund sur les effets spéciaux, lesquels ont été superbement mis en valeur par la réalisation inventive de Reitman. Le futur réalisateur de Jumeaux et d'Evolution ne ferait jamais mieux que cette habile alternance entre potacherie burlesque, humour irrésistible et fantastique culminant aux limites de l'horreur. Des séquences telles que la première apparition de Zool dans le frigo, du monstre s'emparant de Dana Barrett dans son appartement et de celui qui poursuit le pauvre Louis à travers le parc avaient de quoi, à leur époque, impressionner leur public et même donner des cauchemars aux plus petits. Le tout culmine dans un dernier acte proprement apocalyptique confrontant, au sommet d'un building transformé en portail interdimensionnel, nos quatre héros à une entité séculaire protéiforme et prétendument vénérée par les sumériens (les historiens et archéologues ont dû bien rire aussi). L'occasion d'assister à un véritable déluge d'effets spéciaux dont le clou reste bien sûr l'apparition godzillesque d'un gigantesque Bibendum en chamallow semant la terreur dans les avenues encombrées de Manhattan.
Spectacle total au service de la gloriole américaine des 80's, porté par des effets spéciaux à leur époque révolutionnaires et une BO pop savoureuse (la cultissime chanson de Ray Parker Jr), bourré d'humour, d'inventivité et de répliques cultes (les réparties de Veckman restent inoubliables), Ghostbusters a bien sûr pris un coup de vieux et porte bien la marque de son époque. Il n'en reste pas moins toujours aussi génial et réjouissant à revoir, d'autant plus que beaucoup auront essayé ensuite d'en dupliquer la recette sans jamais atteindre un tel degré de réussite (les Men In Black, Evolution, et autres Ghostbusters version 2016...). Succès aidant, Reitman et ses acteurs rempilèrent finalement cinq ans plus tard dans une suite un chouïa moins marquante mais pas moins culte, alors même qu'une série animée et tout un tas de produits dérivés déferlaient sur le monde. Le meilleur hommage à ce classique des années 80 restera à mon sens l'épisode 2 de la saison 2 de Stranger Things, lequel n'est certainement pas étranger au revival de la franchise, le sympathique mais oubliable SOS Fantômes : l'héritage, qui reprend d'ailleurs la mythologie de Gozer le gozerien esquissée dans ce premier opus (ne me demandez pas pour La Menace de glace, pas encore vu et pas pressé de le voir).
Alors ? Quarante ans plus tard, qui c'est qu'on (r)appelle ?