Dans ce film qui fait suite à une satire de l’art contemporain – The Square palme d’or 2017 – Ruben Ostlund veut régler ses comptes à la classe dominante…


Le corps des comédiens incarne assez bien la plastique de mannequins et de bourgeois boursouflés par notre époque, rendue – très gentiment - hideuse par la laideur de leur existence commerçante (pesticides, armes etc.). Mention spéciale à la scène de mal de mer, qui fait penser à la Grande Bouffe mais dans le sens inverse de l’œsophage – voyez ce que je veux dire, je ne divulgâcherai pas davantage. De même l’ivresse d’un capitaliste (oligarque) russe et du commandant américain féru d’hymne de l’Union Soviétique reste relativement truculent.


Quand on pense à Buñuel et Pasolini pour ne citer qu’eux, et les derniers petits pas de Parasite (Palme d’or 2019) dans lesquels avance Sans Filtre cette satire générale de la bourgeoisie aux relents pseudo-marxistes (si, si !) reste assez convenue.


Néanmoins constatons que la montée des eaux creuse les sillons – car Cannes représente le grand quartier légitimant ce que le cinéma d’auteur doit être – du niveau de conscience de la petite-bourgeoisie mondaine qui amorce son auto-critique. Mais la critique du capitalisme n’équivaut cependant pas celle de la classe qui en détermine le cours. La subjectivité reste la même – et d’ailleurs on ne peut guère leur en vouloir. Une relecture en creux de L’île aux Esclaves de Marivaux – consciente ou non - dans la dernière partie du film, indique bien une préoccupation à l’égard de notre société.


Les cadres et le montage familialistes sont peu inspirés alors qu’un beau terrain de jeu s’y prête, exceptés quelques moments épars – scène de mal de mer, bourgeoisie filmée comme des migrants, scène finale etc.


Le film reste long pour son propos, longueur nous confortant dans notre habitude mais qui rend les péripéties plus imprévisibles par ce biais. Les relations interpersonnelles ne percent néanmoins pas l’acuité sociologique d’un cinéaste réellement critique. On reste sur sa faim et on voit un enfant régler ses comptes avec le monde qu’il a connu – ou qu’il pense connaître - sans autre humour que potache – ou alors un humour nordique trop subtil pour moi – et au final une œuvre qui peine à se hisser à la hauteur de son potentiel, malgré beaucoup d’efforts !


LE-MAURE
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le 16 août 2023

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