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la fin devis
Comme si les objets tenaient lieu de mémoire, Sauvons les meubles, premier long-métrage de Catherine Cosme, prolonge un geste déjà à l’œuvre dans son travail de décoratrice — récemment récompensé...
le 31 mars 2026
Comme si les objets tenaient lieu de mémoire, Sauvons les meubles, premier long-métrage de Catherine Cosme, prolonge un geste déjà à l’œuvre dans son travail de décoratrice — récemment récompensé d’un César pour L’Inconnu de la Grande Arche. Le film se déploie comme un musée vivant, peuplé de vases, de galets, de tissus, de surfaces à habiter. Les perruques, surtout, ouvrent des passages : on y change de visage comme on ajuste une posture. Sauver les meubles, ce serait alors maintenir une forme, tenir une apparence quand le reste vacille. Dans cette attention aux choses, on pense à un certain cinéma français du détail — celui d’Agnès Varda, qui laisse les objets travailler les corps en retour.
Ce soin porté aux surfaces se prolonge dans les manières d’être. L’arrivée de Lucile — une parisienne « busy », incarnée par Vimala Pons — réactive tout un jeu de décalages. Revenue dans le village où elle a grandi, elle y déplace avec elle un vocabulaire, des gestes, un tempo. Les voisines regardent, commentent : ses sandales deviennent « orthopédiques », ses mots, trop lisses, trop ailleurs, trop snobs. Rien n’est appuyé, mais tout se joue dans ces micro-frictions où le cliché de la photographe affleure sans jamais s’installer tout à fait. Le film observe, avec une forme de douceur ironique, ces écarts de classe, de langage, de rythme, de caractère.
Derrière cette légèreté, deux autres lignes se dessinent. Dès l’ouverture — un shooting avec Benoît Hamon — quelque chose se noue entre voir et ne pas entendre. Il s’agit de produire une image, non d’accueillir une parole. Parole centrée sur le fameux revenu universel. Cette dissociation se prolonge ailleurs : le père manipule des appareils sans piles, entouré d’objets devenus muets. Ce défaut de pile n’est pas seulement une question d’argent, même si la dette affleure ; c’est aussi une manière de tenir le monde à distance, de ne pas trop s’y exposer, d’éviter d’être secoué par le drame de sa femme sur le point de mourir.
De cet écart, entre eux (les enfants) et lui, entre elle (la mère) et eux, et nous (spectateur.rice.s), embarqué.e.s là-dedans, naît un ton fragile : entre humour et drame. On rit, souvent — d’un rire qui n’allège pas complètement, mais qui permet de tenir. L’humour circule comme une politesse fragile face à ce qui pourrait autrement se fissurer, lors de l’enterrement, ou le temps d’une leçon de conduite lorsque l’espace clos du véhicule évoque davantage un cabinet de psy.
À mesure que les scènes s’enchaînent, les identités deviennent poreuses. On enfile une perruque, on ajuste un rôle, on se protège comme on peut face à la suspicion qui rôde, face à la mort. Tout n’est pas tenu. Certains personnages restent à l’état d’esquisse — la banquière, par exemple, davantage idée que présence, figure fonctionnelle là où le film parvient ailleurs à faire exister les corps. Sauver les meubles, ici, revient aussi à sauver la face — à maintenir une continuité minimale dans un monde pillard. Chacun compose, à sa manière, avec ce qui manque ou déborde, recomposant des relations intimes. Le film tient dans cet effort discret, jamais héroïque.
Pour un premier long-métrage, Catherine Cosme propose une forme déjà singulière : attentive aux surfaces sans s’y enfermer, capable de faire surgir, dans le détail, des lignes de fragilité plus profondes. Sauvons les meubles affirme un regard — précis, sensible — sur ce qu’accompagner la fin de vie engage, matériellement, intimement.
Critique imagée à retrouver ici : https://movierama.fr/sauvons-les-meubles-la-fin-devis/
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le 31 mars 2026
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