Sirāt
7.1
Sirāt

Film de Oliver Laxe (2025)



Ce que j'ai vraiment apprécié dans Sirat c'est toute la matière intellectuelle et esthétique offerte qui invite à réfléchir sur les effets du néo-colonialisme de ces babas cools, qui partent fouler des terres qu'ils croient vierges car en apparence désertes, mais qui se font vite rattraper par une réalité politique qu'ils ont tenté de fuir. Par leur entreprise de déracinement de leurs propres personnes, cherchant à reconfigurer leurs appartenances sociales en "créant " une famille, ils se rendent juste hors-sol, pour au final aller s'accaparer un sol étranger.


Ils pensaient ainsi que leur rêve de transcendance par la musique et une éternel fête entre copains pouvait se matérialiser dans un monde régis par des dynamique conflictuelles. Ils vont vite désenchanter, découvrant que n'existe aucune terres dans ce monde qui soient dénuées de violence.


Ma scène préférée du film illustre bien le propos: celle avec le jeune berger, qui les voient littéralement comme des "étrangers": des gens étranges, dont il ne sait pas d'où ils sortent. C'est probablement comme ceci que les auraient vu les sahraouis à l'époque de la colonisation; colonisation qui continue à être perpétré depuis par l'Etat marocain lui-même..., comme l'illustre les images de l'armée marocaine avançant lentement, parallèlement aux personnages. La même terre mobilisée par ces gens pour jouir sans entrave est celle qui nourrit ceux qui n'ont rien d'autre, et fait l'objet de convoitise par les puissants.

Cet aspect là que j'aurai voulu que le réalisateur le développe davantage.


La fin est simple mais juste: on y voit le visage de ces sahraouis, qui échappe au récit de l’œuvre tout du long, et qui sont au final les vrais protagonistes de l'Histoire.


MarinParigi
6
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Créée

le 17 oct. 2025

Critique lue 16 fois

Marin Parigi

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