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Si l'on devait inclure le troisième volet de l'homme araignée au coeur même du MCU, la dévotion et la dextérité de Raimi envers son protagoniste donnerait une belle leçon aux exécutifs de Marvel. Feige & Cie adaptent le matériau d'origine de manière efficace expurgé, cependant, d'une emprunte personnelle. Et même si les exceptions font foi (Shane Black pour "Iron Man 3", James Gunn pour les deux volets des "Gardiens de la Galaxie" ou Joe Johnston pour "Captain America, First Avenger") peu auront su illustrer avec autant de passion le background de Peter Parker et ce malgré les innombrables bâtons mis dans les roues du grand Sam par un certain Avi Arad. Sorti de sa zone de confort, Sam Raimi, complètement débridé, va lâcher prise dans l'élaboration douloureuse d'un Blockbuster à la fois gorgé d'action et très surprenant.

- "Sam, s'il te plait, ne sois pas si égoïste, donne aux fans de "Spider-man" ce qu'ils veulent !"

"Spider-man 3" est encore en cours d'écriture que son producteur, Avi Arad, intervient en y incorporant un nouveau personnage et pas des moindres puisqu'il s'agit de l'antagoniste "Venom". La bienveillance du producteur dissimule assez mal le cynisme ambiant. "Venom / Eddie Brock" sera la TVA de ce nouveau volet. En bon conservateur, Sam Raimi n'apprécie que moyennement le double négatif de Spider-man. Une époque où il ne se reconnait pas. Le malaise s'installe et comme pour ménager la chèvre et le chou au vu de la réussite exceptionnelle des opus précédents, Raimi accepte de faire une (ÉNAURME) concession. Avant même son premier tour de manivelle, "Spider-man 3" souffre déjà de son divorce artistique. Pour comprendre ce qui divise les amoureux du personnage, il faut creuser profondément ce qui fait l'essence même du "webhead". Sam Raimi aime le tisseur de toile plus que de raison. Le procédé d'identification est au sein de l'adaptation. Mais lorsque l'on parle de retranscription à l'écran de l'icône de plusieurs générations, on s'engage sur un terrain glissant. Sur son médium originel, Peter Parker se renouvelle constamment à travers différents auteurs. Le personnage appartient à tout le monde et personne à la fois. La force de Raimi est de se concentrer sur une période voulue en l'occurence celle de John Romita Sr ,époque riche et passionnante sur l'évolution des capacités physiques de l'homme araignée ainsi que de sa condition de héros de gauche proche du peuple. Raimi a le feu sacré. Non seulement le contexte social du comic book est conservé mais aussi la morphologie de Toby Maguire match parfaitement avec la vision de Romita à contrario du style plus sophistiqué d'un McFarlane des nineties où la musculature plus élancée du héros fait davantage penser à un insecte. Les choix du réalisateur de conserver l'humain derrière le masque établit aussi de nouvelles règles : Travailler les seconds rôles périphériques. Certes, Raimi et son scénariste conservent l'approche vintage des sixties/seventies mais il font évoluer de manière cohérente la franchise d'où une synthèse intelligente de quarante ans d'existence du comics book. Naissance donc du trio Peter/MJ/Harry, soap opéra classieux qui aura la lourde tâche de couvrir quatre décennies d'aventure et de coups de théâtre en tout genre. Exit quelques personnages emblématiques du comic (Debbie Reynolds, Ned Leeds, Liz Allen, Felicia Hardy) mais l'essentiel est bien là. Devant la caméra de l'auteur de "Evil Dead", la légende (re)nait incarnée, candide, puissante, palpable et...crédible.

Force de frappe

Sur une base aussi saine, "Spider-man 3" semble jouer de deux instruments de musique différents. Une mélodie qui ne mettra jamais d'accord les spectateurs, scindés en deux camps distincts : Ceux qui accepteront la nouvelle introspection de Parker et ses folles dérives chorégraphiques et les autres plus adeptes d'une narration fluide jouant la sécurité. Un déséquilibre des forces, donc, matérialisé par l'introduction d'un "Venom" entré au chausse-pieds ou le fameux "louder" et pas forcément "better" mis en avant par les détracteurs. Un argument qui ne s'impose pas tant le tissu scénaristique ne fait qu'aborder la dualité du double maléfique incarné par le symbiote qui recouvre le costume de Parker. Schizophrénie de l'alter ego d'une part mais aussi duplicata de chair en la personne de Eddie Brock également Doppleganger du neveu de Tante May d'autre part. Une superbe monstruosité proteiforme, attraction principale aux cotés de Sandman lors du climax final. Particulièrement critiqué, le Venom de Raimi a pourtant tout le mimétisme (effets sonores inclus) des sorcières de "Evil Dead". Un phénomène de foire qui ne fait à aucun moment tache dans le bestiaire du réalisateur. Si Raimi s'est estimé bousculé dans le choix de ses antagonistes, la secousse artistique ne se fait jamais ressentir. On lui doit quelques merveilleuses idées comme les deux affrontements à visages découverts de Peter et de Harry. Le premier dans les airs sans contraintes de périmètre établit. Le second en combat de rue ultra sec et non chorégraphié mais étouffé par les murs épais du loft de Osborn. Toute la latitude de l'adaptation est imprimée sur chaque photogramme jusqu'à l'exploration des aspects les plus sombres de New York. On a reproché au réalisateur de ne pas assez ressentir le béton de la big apple lors du premier volet ? Qu'à cela ne tienne, Spider-man explorera les égouts, les tunnels, le réseau ferroviaire et tout l'underground interlope de Manhattan.

Nourrir la mythologie

Première porte d'entrée scénaristique, la nouvelle exploration du meurtre de Oncle Ben liée de manière intime à Sandman, l'un des plus beaux personnages de la trilogie ou comment revisiter le premier volet sans gommer le sens qui lui a été donné. Une motivation qui enrichit les origines d'un personnage maudit jusqu'à l'os. L'avalanche de plaisirs que suscite "Spider-man 3" n'est donc pas seulement visuel mais aussi mythologique. Sur ce terrain, c'est aussi une réussite. Après l'acquisition et la perte de ses pouvoirs, Parker va devoir se défaire de sa part sombre. Une épreuve supplémentaire qui va à l'encontre des commandements du héros tels que Stan Lee et Steve Ditko l'ont mis en place au début des années 60 à savoir l'homme face à ses responsabilités. Cette fois-ci, il s'agira de libérer Spidey des entraves de la morale et de le voir jouir enfin des pouvoirs qui lui ont été donnés. Si Raimi se désole aujourd'hui d'avoir rendu Parker aussi ambivalent et pour certains quasi ridicule (en cause la scène de danse dans un bar), c'est oublier que la déconstruction du personnage impose réellement le point de vue de son auteur. Dessiné dans la première partie des années 80 par Al Milgrom dans "The Spectacular Spider-man" la saga du "Black suit" ne faisait qu'enrichir la partie héroïque de son protagoniste en modifiant son métabolisme et son apparence. Parker n'en devenait qu'un dommage collatéral. Pour ce troisième volet, Raimi remet au centre de l'attention du spectateur non pas la figure spectaculaire mais bien celle de l'humain et des effets engendrés par le symbiote. Un sentiment d'invincibilité assaille l'arachnide qui va jusqu'à dominer de la tête et des épaules ses adversaires pourtant tout aussi redoutables que lui mais va aussi le couvrir d'ondes positives envers le beau sexe. Une page de l'histoire du teenager timide et quelconque se tourne jusqu'à l'exploration de l'entité qui l'habite. A partir de tant de concepts excitants afin de redéfinir Peter Parker, le trio au centre de toutes les pérégrinations balbutie quelques notes redondantes à l'image de l'introduction de Gwen Stacy (Bryce Dallas Howard) arrivée trop tardivement. Un poids rapidement délesté par une note de fin mélancolique qui laissera au spectateur le soin de déterminer l'avenir du couple.

Quelques secrets enfouies...

Dans l'élaboration de sa trilogie et malgré sa forte attirance pour la période phare de John Romita Sr, Sam Raimi a rendu un hommage flamboyant au personnage roi de Marvel. Les planches les plus célèbres du comic book se retrouvent adroitement disséminées tout au long de "Spider-man 3".

Ainsi le climax final opposant Venom et Sandman à Spidey et The Goblin se déroule dans un chantier en construction. Un hommage à l'épisode #280 de The Amazing Spider- man avec en vedette le Sinister Syndicate dessiné par Ron Frenz en 1986.
https://marvel.fandom.com/wiki/Amazing_Spider-Man_Vol_1_280

Toujours dans le climax de fin, Sandman revêt une apparence de monstre de sable. Il s'agit d'une référence à Mud-thing hybride regroupant Sandman et Hydroman. Un comic book signé John Romita Jr fils de... publié en juillet 1981.
https://marvel.fandom.com/wiki/Amazing_Spider-Man_Vol_1_218

Toute la mythologie du Black suit est regroupée dans plusieurs comics book dont Amazing Spider-man de Mai 1988 n°300 dessiné par Todd McFarlane.
https://marvel.fandom.com/wiki/Amazing_Spider-Man_Vol_1_300

starlord09
8
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