Ridley Scott avait quitté l'arène de Gladiator II sous les huées critiques et publiques, comme il l'avait fait avec son Napoléon, sous la pression de controverses historiques dérisoires. De quoi sans doute ternir son étoile pour beaucoup, c'est à dire ceux qui se contentent de suivre le mouvement, au grand désarroi du masqué.
Car Scott, quoi qu'on en dise, reste un réalisateur fascinant. Même depuis sa période décrétée mineure, qui aura quand même accouché de grands opus comme Prometheus, Le Dernier Duel, House of Gucci et Exodus : Gods and Kings.
Et ça, pas mal de ses collègues ne pourront jamais en dire autant.
Scott, c'est aussi un incroyable touche à tout. Et en 2026, voilà qu'il investit le genre post-apocalyptique ascendant virus mortel, tendance déjà très largement explorée, tant sur grand écran que sur la petite lucarne. Mais The Dog Stars ne peut que résonner avec nos inquiétudes sanitaires qui ont déjà, au moins en partie, à s'incarner dans une réalité de cauchemar.
Un homme et son chien, comme les derniers survivants d'un monde en ruines, rendu à la puissance de la nature qui reprend ses droits et du temps qui passe. Les images puissantes affluent, et Je Suis une Légende n'est jamais très loin dans les pas de ces déambulations silencieuses.
Mais Ridley, loin de la ville, continue à livrer de superbes images de nature souveraine et de temps suspendu, dans une sorte de méditation à tire d'aile, loin du virus, des menaces, des pillages, de la folie de ceux qui restent, mais plus tout à fait humains.
Comme si Ridley essayait de refuser les schémas, de s'écarter du thriller et du survival, pour offrir au public ce qui apparaîtrait presque comme des séquences d'un western classique qui aurait oublié que des indiens rôderaient aux alentours.
Jacob Elordi apparaît, lui, comme hors de ce monde d'après, hanté mais encore perméable à la confiance et à l'humanisme. Mais ce monde tel que décrit par Scott est âpre et rude, prenant un malin plaisir à briser les illusions d'eden qui auraient été préservées de l'apocalypse. Dans une séquence où le malaise et une certaine forme d'humour se côtoient. Comme si un autre film prenait brièvement le pouvoir, pour mieux psalmodier la laideur de ce monde qui a plongé dans le gouffre dans un retour artificiel de l'ambiance figée des fifties.
The Dog Stars aurait été une nouvelle réussite de la part de Ridley s'il n'avait pas été pris du syndrome d'Oak Street, nouveau mal dont le principal symptôme est une fin qui passe un peu à côté de tout ce qui a précédé. Car non content d'illustrer un retour improbable, le film semble effectuer un véritable retour en arrière en réinvestissant une part du mythe originel des pionniers.
Qui a du mal à cadrer avec le pessimisme affiché du réalisateur quant à la nature humaine, ou encore ce détachement caractérisant les moments les plus poétiques de l'oeuvre.
Sans cela, The Dog Stars aurait eu tout d'une nouvelle étoile dans le ciel de la filmographie de Scott. En l'état, il sera un autre film inspiré dans la carrière d'un cinéaste éclectique qui ne manquera pas, à nouveau, de diviser dans sa réception. Ce n'est donc pas en 2026 que Ridley fera taire les critiques.
Au grand désarroi du masqué.
Behind_the_Mask, the last of us.