Je ne parlerai pas de l'aspect décharné de Christian Bale. C'est la première chose dont tout le monde parle quand on aborde ce film. Je comprends que cet "exploit" soit au service du rôle et qu'il soit un atout pour l'ambiance glauque du film. Il n'empêche que voir Christian Bale aussi squelettique me met mal à l'aise.
Je préfère parler de l'incroyable atmosphère que Brad Anderson a réussi à créer. Grâce à la musique mélancolique très inspirée par Bernard Herrmann (et particulièrement la B.O. de "Fahrenheit 451"), la photo presque monochrome dépourvue de toute couleur vive, les décors ternes et froids, Anderson nous plonge dans un univers de désolation, celui d'un homme qui fond à vue d'oeil et ne trouve pas le sommeil. Comment pourrait-il voir la beauté du monde dans un tel processus d'autodestruction ?
J'admire la beauté et la cohérence de l'univers visuel et sonore du film. Les couleurs verdâtres, l'ameublement vieillot de l'appartement de Trevor, les cliquetis inquiétants des machines de l'usine, le sourire bestial d'Ivan, les cernes et le regard halluciné de Trevor, la laideur sale des paysages urbains composent un enfer au quotidien répugnant et étrangement attirant.
La B.O. est vraiment essentielle. Bizarre, inquiétante et débordante de spleen, elle donne la sensation d'être dans un perpétuel cauchemar éveillé où la frontière entre rêve et réalité se brouille. Trevor est assailli par des sensations de déjà-vu. La réalité semble de plus en plus contaminée par l'étrangeté et des visions dérangeantes : les horloges semblent se figer par moments, un étrange ouvrier au sourire inquiétant apparaît dans l'usine, des post-it mystérieux sont collés sur son frigo. Peu à peu, Trevor s'enfonce dans la paranoïa.
J'ai vu le film en salle et la fin m'a terrassée. Depuis, j'ai vu le film pas mal de fois, alors je n'ai plus de surprise. Mais je trouve cette fin sublime et elle me bouleverse toujours autant.
Et le film a heureusement autre chose à proposer qu'un twist et une performance spectaculaire. Si on est sensible aux univers kafkaïens, on ne peut qu'être séduit.