The New West est un assez sympathique film où les acteurs n'en sont pas (ils jouent leur propre rôle, à l'exception de Scott McNairy, seul pro de la bande), mettant à l'honneur les chevaux dans l'économie rurale américaine (ventes aux enchères de chevaux dressés, reproducteurs, formatés pour des rodéos...), mis en parallèle d'une famille "décomposée" mais heureuse, une bande d'ados sans parents qui gravitent autour de Tabatha, une femme forte et indépendante, "impossible à dresser" (dirons les fins analystes filmiques) qui a peur de s'affirmer dans l'arène des ventes... Si l'on comprend très bien la métaphore "chevaux libres" de cette famille un peu fofolle mais attachante (métaphore qui fait penser au film Mustang, à bien des égards), le discours final sur la nouvelle génération "Tik Tok" (avec moult vidéos hystéros gonflantes pour faire passer le message) est un peu ambigu : on voit qu'en s'affirmant enfin, Tabatha
arrive à décrocher la timbale aux enchères (une vente exceptionnelle, en restant juste calme, pro, sans avoir besoin de la folie de la jeunesse qui faisait jusque-là un peu trop de galipettes bruyantes pour convaincre les acheteurs "vieille Amérique"),
ce qui pose la question de savoir si le problème jusque-là était les jeunes foufous (d'accord, leurs vidéos sont pénibles, mais n'existe-t-il vraiment pas de place pour eux, dans cette Amérique rurale ? Ne peuvent-ils pas garder leur folie douce et trouver comment l'exploiter en accord avec les valeurs traditionnelles - et traditionalistes - des américains de la campagne ?). Le film préfère conclure l'arc narratif de la matriarche, ce qui est louable, surtout que l'on apprend à l'aimer sincèrement au fur et à mesure qu'elle raconte les histoires des "chiens de la casse" (ou plutôt, "chevaux de la casse") qu'elle a récupéré, et rassure sur
sa capacité à gérer son ranch (déclinant
l'offre du cow-boy joué par Scott McNairy - qui a fini d'écouter les arpèges de Timothée Chalamet, pour venir ici s'abreuver d'une autre musique : celle des sabots qui frappent le sol, des hennissements et soupirs propres à nos chers canassons). Aussi, le cœur du film reste bien sûr ses chevaux, si magnifiquement filmés, parfois presque comme de belles bagnoles dont les gros plans et ralentis nous défrisent (les courses au chrono sont des scènes absolument magnifiques), mais les amoureux des bêtes tiqueront quand même sur l'objectification de ces animaux, entre les ventes aux enchères qui les monétisent dans un show bruyant dont ils se passeraient bien, et les rodéos où ces pauvres bêtes sont rendues folles à coups de ceinturons (cf The Rider, si vous ne connaissez pas encore les méthodes de dressage...). Ce qui est regardé comme un ADN des États-Unis, à l'instar de cette morale qui regarde les jeunes comme des mouches un peu trop présentes, n'est pas franchement un message moderne et progressiste. A l'inverse, on se concentrera sur l'épanouissement de la patronne du ranch, et sur la famille rigolote, disparate, joyeusement bancale, qu'elle a réussi à former.