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J’avais été prévenu. On me savait fragile et on m’avait dit que ma réaction face à The Substance pourrait être intéressante. Et comme un homme averti en vaut deux, j’étais double face au visionnage du drame de Coralie Fargeat.
Mécanisme de défense dissociatif, moi « jeune » quadra et ma version pré ado regardions ensemble The Substance. Si les premières minutes du film promettait à mon alter ego sans calvitie (appelons le Hugo, ils s’appellent tous comme ça les enfants de 12 ans) de passer un moment agréable, mon moi blasé, celui ayant un penchant pour les pilules se terminant par « zepam » était déjà agressé par les bruits dérangeants et les couleurs criardes. Telles les onomatopées de bip-bip tirant la langue devant le coyote pour lui signifier qu’il allait s’échapper sans aucune chance pour ce dernier de le rattraper, tout était trop évident. Hugo était extatique devant ce choix de la réalisatrice tandis que, verre de rhum vieux à la main, je trouvais que ça manquait cruellement de nuances et de retenues.
Mais le jeune à la peau grasse, molécules de Roaccutane coulant dans ses veines, luttant contre un acné récalcitrant, allait rapidement me laisser seul en découvrant la première transformation de Demi Moore. Je ne lui en voulus pas puisque je faillis abandonner en même temps et je tentai de comprendre comment de telles images pouvaient être déconseillées seulement au moins de douze ans. Ma part d’innocence extraite, je regardai The Substance dégouté en me demandant pourquoi tout ça, tout en appelant Hugo, tel un grand frère complice, lorsqu’un délire de male gaze affichait en ultra gros plan les fesses rebondies de Margaret Qualey en body moulant rose ou bleu.
Désormais seul, j’écoutai plus que je ne regardai le film finalement, essayant de réfléchir au message véhiculé.
Parce qu’au vu de toutes les critiques dithyrambiques et de tout le tapage autour de The Substance il devait forcément y avoir une véritable raison a cet engouement. N’adhérant pas du tout à la forme, étant trop fragile peut être, trop sensible sans doute, j’essayai de me focaliser sur le fond. Un message profond, quelque chose de nouveau peut-être. On peut lire que le film est féministe, qu’il dénonce une société patriarcale mais, en bon avocat du diable, ce n’est pas exactement ce que je ressentis. Parce qu’en fait, The Substance ne dénonce rien. Il fait l’état de la société animale dans laquelle nous vivons. Une femme qui a décidé de se consacrer tout entière à sa carrière en choisissant de ne pas faire famille se retrouve démunie lorsqu’elle est moins belle. Elle donne l’impression d’avoir bâti sa vie autour de son paraître, quoi de plus normal que les fondations de son existence s’effritent lorsque son image s’abime. Les sportifs de haut niveau vivent exactement la même chose finalement et on ne dit pas de la société qu’elle est antisportive. Et puis la beauté a toujours ouvert les portes, et le rappeler, ce n’est que les enfoncer ouvertes. Profiter de cet avantage ne dure qu’un temps malheureusement, cruelle est la vie, la beauté s’effaçant à mesure que passent les années. Finalement le drame qui se joue est que Demi Moore a connu la félicité plus jeune et plus belle, plus raccord avec ce que la société attend d’elle. Et maintenant que les atouts de ses atours ont disparu, plutôt que de garder les souvenirs d’une vie facilitée, elle est rongée par la perte de ses avantages. Il semble un peu facile de dénoncer une société parce qu’on ne bénéficie plus des cadeaux qui ont été offerts, même s’ils n’ont pas été choisis et ont été imposés. La pression esthétique à laquelle sont assujetties les femmes les contraint, coercition sociale, c’est certain. Mais nier quelle leur offre des possibilités serait malhonnête. Vision lucide ou pur biais patriarcal ?
En définitive, peut-être que le fond du film n’a que peu de poids et que seule la forme, choquante, gore, body horrifique a de l’importance. Mais s’il y a un message à retenir de ce visionnage, selon moi, ça serait le suivant. A l’heure des réseaux sociaux, la drogue la plus dure du show business n’est peut être plus la cocaïne mais la reconnaissance et la validation. Alors, tandis que les crédits s’affichaient à l’écran, ne valant pas plus qu’une Demi Moore, Hugo, de retour de sa chambre, et moi choisîmes une jolie photo et une musique idoine à poster sur Instagram, à la recherche nous aussi d’un shot de dopamine.
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