Durant les vingt premières minutes je me demandais désespérément quand est ce que ça allait commencer ? Je trouvais ça long, vide, je n'étais pas concentrée et j'attendais avec impatience de l'action, un dialogue peut-être ? Ce blanc dura et laissa mon cerveau se questionner sur la possible critique amère qu'il allait tirer de ce film controversé. Je n'aimais pas les plans vide et lourd, ni la technique de cadrage grotesquement snob et superficielle. Dix minutes plus tard j'ai finis par comprendre le sujet sur lequel allé porter le film.
Après ces trente longues minutes d'introduction vient un passage extraordinaire, dont la beauté est subjugante. Peu habituée à ce genre de cinéma j'ai été enivrée de ces images métaphoriques décrivant des plus noblement le récit de la vie et de la mort. Peut-être ai-je mal compris l'intention de l'auteur mais il m'a semblée que ce retraçage de la naissance de la vie sur terre était tout simplement une ode à la vie. Néanmoins quelque peu assommée par les longueurs, il me tardait de découvrir cette apparition de la vie. Et enfin naissance de cette vie accompagnée de la joie qu'elle procure dans ce petit être, Jack.
Les images à ce stade sont d'une réalité simple et pourtant des plus touchantes. Les plans sont très beaux et justes. On se concentre sur les émotions des personnages qui ne parlent pas beaucoup mais disent en réalité énormément. On comprend tout sur les traits de leur visages. La morale qui va découler de film est peut-être flou pour beaucoup mais à moi, elle m'a marquée. Ces parents qui en unissant leur passion amoureuse font naître la plus belle chose au monde, la vie, ne peuvent pas, même avec les intentions les plus louables la façonner à leur image. Cette colère autoritaire, presque névrosée du père est source de grand tiraillement dans cette famille. Il aime sa femme et ses enfants, et comme il le dira à Jack, ils sont tout ce qu'il a. Ce père qui éprouve un amour réel pour ses fils et qui ne veut que leur forger la meilleure éducation avec de bonnes valeurs leur instille une haine insatiable à ses dépends. Eprit de bonnes volontés il instruit à ses fils le contraire du but rechercher initialement. Son éducation naïve et protectrice pour permettre à ses enfant de se confronter à la réalité du monde, ne laissera pour eux qu'un souvenir amer d'un père sévère et étouffant. Leur mère fait le poids inverse dans la balance et les berce depuis leur naissance de tendresse et de douceur. Sa figure parentale similaire à mère nature, irradie d'une lumière chaude ses enfants. Mais à ne pas s'y tromper elle est forte de patiente et de bonté, ne se cassant pas sous la tension qui finit par s'installer dans son couple et dans la maison par la présence exacerbée du patriarche .
La mort du cadet que l'on comprend dès le départ reste un fil conducteur des plus déstabilisant, ne cessant de faire prendre conscience des traumatismes subit depuis l'enfance par les trois jeunes garçons. Autant de détresse qui sera vécue et vue au travers du personnage principal, Jack. Entre colère, injustice, et jalousie de l'amour de ses parents porté envers ses frère, il peinera à trouver sa place et à s'affirmer. Le chagrin se mêle aux réjouissances de la vie simples et source de bonheur comme s'arroser les pieds en plein été, sauter sur les lits et avoir le plaisir d'enfreindre les règles futiles.
Ce qui mène à réfléchir dans ce film au delà de la remise en cause de notre existence, c'est pour moi, la direction que l'on décide de donner à sa vie. On voit ici deux nouveaux parents qui sont éblouis, fascinés devant la plus belle chose qu'ils feront de leur vie, la créer. Pourtant les plans initiaux où l'on voit Jack adulte remettent tout en cause. Il avance dans une ville de béton, une maison de béton, où tout est gris, sobre, triste et où la seule chose de couleur que nous verrons sera la flamme timide de la bougie bleue allumée pour son frère éteint. Serait-ce donc le seul moment où il a été heureux ? Avec son frère pourtant jalousé ? dans son enfance emprise pour lui à cette époque d'injustice et de frustration ou tout simplement dans ses souvenirs ?
Ce film est dans son ensemble très particulier et différent des réalisations habituelles, pourtant il est des plus touchants par ce qui fait de lui ses défauts. Ses longueurs, ses silences, ses plans figés dans le temps, commencent par nous faire le détester, et finissent par nous le faire aimer. Les yeux gonflés et le cœur gros, c'est ainsi que j'ai terminé ces deux heures de récit. Récit qui fait écho à nos vies, nos chagrins, nos relations et notre éducation, et qui reste par sa simplicité des plus fidèles aux vécus de chacun. J'en retire beaucoup d'émotions et un souvenir qui restera marqué par cette claque cinématographiquement inégalable.