C’est le genre de film qui vous fait vous sentir intensément vivant pendant la projection, et qui vous envoie ensuite dans la rue, avide de parler profondément et urgemment à la personne qui vous accompagne, quelle qu’elle soit. Le film est traversé d’une vitalité qui vous rend heureux d’être en vie. Le toucher sûr de Kieslowski donne à Red sa véritable magie ; au bout du compte, ce sont les nuances subtiles qui restent.
Red, le dernier chapitre de la trilogie Three Colors de Krzysztof Kieslowski, est un chef-d’œuvre subtil. Avec son exploration satisfaisante de thèmes aussi complexes et divers que le destin et l’amour platonique, Red n’est pas seulement un film qui se suffit à lui-même, mais aussi une conclusion appropriée à la série. Dans ce dernier volet d’une trilogie glorieuse (qui comprend les films Blue et White), il a gardé son meilleur pour la fin. Red est le meilleur du lot : plus chaleureux, plus accessible, d’une générosité inhabituelle envers ses personnages.
Récit mystique de rencontres fortuites et de liens inattendus, Red utilise un accident de la circulation comme tremplin vers la découverte. Red, le récit magnifiquement tissé et superbement interprété de la rencontre décisive d’un jeune mannequin avec un juge retraité, est une autre variation habile et profondément émouvante sur le thème récurrent de Krzysztof Kieslowski : les êtres humains sont interconnectés de manières qu’ils peuvent à peine concevoir. Si c’est vrai comme le cinéaste l’a annoncé que cet opus sera sa dernière incursion dans la réalisation, Kieslowski se retire à un sommet formel et philosophique.
Avec une musique de Zbigniew Preisner, c’est une construction presque surnaturelle : une méditation sur la coïncidence, le destin et le mystère insoluble des vies des autres, avec des parallèles cosmiques et des échos existentiels qui rappellent son film précédent The Double Life of Véronique. Et tout cela dans un ton à la fois joueur et chargé d’un sérieux énigmatique. Three Colours: Red est l’anti-romance de la trilogie, décrivant une histoire d’amour non conventionnelle qui s’épanouit contre l’obstacle insurmontable de l’âge peut-être le film le plus aventureux et personnel de la trilogie.
Red réussit avec une telle force qu’il confère aussi un peu de magie bienvenue à ses prédécesseurs, Blue et White. Le vide chic du premier film et la relative grisaille du second paraissent soudain bien plus rosés sous l’éclat séduisant de Red.