Une tragédie flamboyante qui s’épuise en emphase
Vincere s’ouvre comme une brûlure : Bellocchio filme l’histoire d’Ida Dalser avec une intensité presque opératique, saturée de passion, de cris, de lumières et de musique. Cette ampleur dramatique donne d’abord au récit une puissance indéniable, mais elle finit aussi par le rendre étouffant. À force d’exalter chaque émotion, le film peine à laisser de l’espace pour que celles-ci résonnent réellement.
La mise en scène, d’une grande virtuosité formelle, multiplie les trouvailles visuelles, les montages nerveux, les parallèles symboliques. Mais cette richesse vire parfois à la surcharge : l’esthétique spectaculaire semble vouloir compenser une progression narrative finalement assez répétitive. Le destin d’Ida, tragique et bouleversant sur le papier, se retrouve pris dans un cycle de souffrance martelé jusqu’à l’épuisement.
Le film, centré sur une femme consumée par son amour pour Mussolini et par la violence d’un pouvoir qui la raye de l’histoire, aurait gagné à davantage de nuances. Bellocchio force tant le trait qu’il réduit parfois ses personnages à des archétypes tragiques plutôt qu’à des êtres complexes. L’émotion existe, mais elle arrive par vagues trop uniformes, trop appuyées.
Vincere impressionne par son ambition, sa rage visuelle, son souffle lyrique — mais c’est un souffle qui finit par manquer de modulation. Une œuvre fascinante dans sa forme, mais dont la puissance dramatique se dilue dans un excès de grandiloquence.